Le Nigeria s’engage à verser 11,995 milliards de nairas, soit environ 5 milliards de francs CFA, pour régler les arriérés de salaires de son personnel médical dont les médecins.
L’annonce a été faite samedi 1er novembre 2025, quelques heures après le déclenchement d’une grève par l’Association nationale des médecins résidents. Le délai fixé pour le paiement est de 72 heures.
Cette somme vient compléter les 21 milliards de nairas transférés le 30 octobre sur les comptes du Système intégré d’information sur le personnel et la paie.
Les montants serviront à payer les travailleurs de la santé, y compris les membres du syndicat en grève. Le mouvement de contestation dénonce des conditions de travail difficiles et réclame une amélioration des rémunérations dans un secteur en crise.
Abuja tente également d’endiguer l’hémorragie de ses professionnels de santé. Le gouvernement a lancé le recrutement de 15 000 nouveaux agents cette année, contre 20 000 en 2024. Bref, les autorités espèrent ainsi compenser les départs massifs vers l’étranger et réduire les heures de travail des équipes en place. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 15 000 et 16 000 médecins ont quitté le pays au cours des cinq dernières années, selon les déclarations du ministre de la Santé Muhammad Ali Pate.
Le pays le plus peuplé d’Afrique, qui compte plus de 230 millions d’habitants, fait face à une pénurie alarmante. Le Nigeria se retrouve avec un médecin pour 10 000 personnes, selon l’Association médicale nigériane.
Le ratio recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé se situe pourtant à un médecin pour 600 habitants. Dans les zones rurales, la situation est encore plus préoccupante. Certaines régions comptent à peine deux médecins pour 10 000 personnes.
Les professionnels de santé nigérians migrent vers le Royaume-Uni, le Canada, les États-Unis ou l’Irlande. Ils y trouvent des salaires jusqu’à dix fois supérieurs, des infrastructures modernes et une sécurité de l’emploi.
Au Nigeria, un médecin gagne en moyenne entre 2 000 et 4 000 dollars par an, soit environ 200 dollars mensuels. Les hôpitaux publics manquent d’équipements, de médicaments et parfois même d’eau courante. Enfin, les longues heures de travail et le manque de reconnaissance achèvent de décourager ceux qui restent.
Le gouvernement a tenté d’inverser la tendance. En août dernier, il a entamé le versement de sept mois d’arriérés liés à la révision salariale à la hausse de 25 à 35 % pour toutes les catégories de travailleurs de la santé. Un montant de 10 milliards de nairas a été débloqué à cet effet. Les nouvelles grilles salariales concernent les structures du Consolidated Medical Salary Structure et du Consolidated Health Salary Structure.
Les infrastructures sanitaires continuent néanmoins de se détériorer. Les inégalités d’accès aux soins entre zones urbaines et rurales se creusent. Les élites préfèrent d’ailleurs se faire soigner à l’étranger, ce qui en dit long sur l’état du système. La croissance démographique rapide du pays aggrave encore la pression sur des services déjà saturés.
L’annonce du versement de près de 5 milliards de francs CFA pourrait calmer temporairement les tensions. Mais la question demeure : combien de temps avant que les blouses blanches ne reprennent le chemin des aéroports ?