Le détroit d’Ormuz bloqué, l’Afrique en danger
Le conflit qui s’intensifie en Iran et au Moyen-Orient ne se passe pas seulement à des milliers de kilomètres de l’Afrique.
Ses conséquences arrivent directement dans nos assiettes et dans les poches des agriculteurs africains. Comment ? Par le détroit d’Ormuz, ce passage maritime étroit entre l’Iran et les pays du Golfe.
Ce détroit, que la plupart des gens ne connaissent même pas, transporte chaque jour des millions de barils de pétrole, du gaz et des engrais destinés au monde entier.
Quand ce passage se bloque ou ralentit à cause des tensions militaires, les prix explosent partout sur la planète. Et l’Afrique, qui dépend massivement des importations d’engrais, se retrouve en première ligne.
La FAO a publié en mars 2026, un document sur les implications agroalimentaires mondiales du conflit de 2026 au Moyen-Orient. Ce document explique les conséquences du conflit sur le monde et aussi sur l’Afrique.
Pourquoi les engrais coûtent-ils si cher maintenant ?
Vous vous demandez peut-être pourquoi vos parents ou vos proches agriculteurs se plaignent du prix des engrais. La réponse se trouve à des milliers de kilomètres, dans ce fameux détroit d’Ormuz.
Les engrais nécessitent beaucoup d’énergie pour leur fabrication. Ils sont produits principalement avec du gaz naturel. Quand le prix du gaz augmente à cause des perturbations dans le détroit d’Ormuz, le prix des engrais grimpe automatiquement. Et comme l’Afrique de l’Ouest importe la majorité de ses engrais depuis l’étranger, nous subissons de plein fouet cette hausse.
Résultat concret ? Les agriculteurs ont moins d’engrais pour leurs champs. Moins d’engrais signifie des récoltes moins abondantes. Des récoltes moins abondantes entraînent une hausse du prix des aliments dans les marchés. Et au final, c’est vous qui payez votre riz, votre maïs ou votre tomate plus cher.
La menace qui plane sur la sécurité alimentaire africaine
Les experts tirent la sonnette d’alarme. Si la situation perdure, plusieurs problèmes vont s’aggraver simultanément.
Les rendements agricoles vont baisser. Sans engrais suffisants, les terres produisent moins. Un hectare qui donnait cinq tonnes de maïs peut tomber à trois tonnes. Cette baisse de production se traduit directement par moins de nourriture disponible sur les marchés.
Les prix alimentaires vont continuer de grimper. Quand l’offre diminue et que la demande reste la même, les prix montent. C’est une loi économique simple mais cruelle pour les familles qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts.
L’Afrique risque de dépendre encore plus des importations. Moins nous produisons localement, plus nous devons acheter ailleurs. Et acheter ailleurs coûte cher, surtout quand les prix mondiaux flambent.
Certains pays pourraient détourner leurs productions vers les biocarburants. Quand l’essence devient trop chère, certains pays transforment leurs céréales en carburant pour leurs voitures. Résultat ? Encore moins de nourriture disponible pour nourrir les populations.
La CEDEAO se mobilise face à la crise
Face à cette situation, les ministres de l’Agriculture de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest se sont réunis en urgence.
Le lundi 23 mars, Bruno Koné, ministre ivoirien de l’Agriculture, a participé à une conférence téléphonique avec ses homologues de la CEDEAO, de l’UEMOA et du CILSS.
L’objectif de cette rencontre ? Définir une réponse régionale coordonnée pour faire face à la hausse des coûts de l’énergie et à la pénurie d’engrais qui fragilisent les systèmes agricoles en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
La solution : produire nos propres engrais
Pour le ministre ivoirien, l’Afrique doit cesser de dépendre totalement des engrais importés. Il faut développer en priorité la production locale d’engrais en s’appuyant sur les initiatives existantes.
Cette vision n’est pas nouvelle, mais elle devient urgente. Plusieurs pays africains possèdent les ressources nécessaires pour fabriquer des engrais.
Le Maroc dispose de phosphates. Le Nigeria a du gaz naturel. Le Sénégal développe ses capacités. Il faut maintenant accélérer ces initiatives et les coordonner à l’échelle régionale.
Le ministre a également insisté sur la nécessité d’impliquer davantage le secteur privé. Les États seuls ne peuvent pas tout faire.
Il faut que les entreprises privées investissent dans des usines d’engrais, dans des systèmes de distribution, dans la recherche pour développer des engrais adaptés aux sols africains.
Bruno Koné a réaffirmé l’engagement de son pays. Nous sommes disposés à soutenir toute initiative favorisant une production sous-régionale d’envergure.
L’objectif est clair. Réduire la dépendance aux marchés internationaux qui nous laissent à la merci des crises géopolitiques lointaines.
La question de la TVA sur les engrais
Un autre sujet crucial a été abordé lors de cette rencontre. Les taxes sur les engrais. En Côte d’Ivoire, le taux de TVA sur les engrais a connu des montagnes russes. Il est passé de 0% à 18%, avant de redescendre à 9%.
Pourquoi cette question est-elle importante ? Parce que chaque pourcentage de taxe se répercute directement sur le prix payé par l’agriculteur.
Avec une TVA à 18%, un sac d’engrais qui coûte 10 000 francs CFA passe à 11 800 francs. Pour un petit agriculteur qui achète plusieurs sacs, la différence devient énorme.
Le ministre a révélé que des discussions se poursuivent avec les administrations compétentes. L’objectif ? Revenir à une exonération totale de la TVA sur les engrais, afin d’en faciliter l’accès au maximum pour nos producteurs.
Cette mesure, si elle est adoptée, permettrait de baisser immédiatement le coût des engrais pour les agriculteurs, même si les prix internationaux restent élevés.
Les mesures d’urgence nécessaires
La FAO recommande dans son document sur les implications agroalimentaires mondiales du conflit de 2026 au Moyen-Orient plusieurs actions immédiates pour stabiliser la situation.
Développer des routes commerciales alternatives. Si le détroit d’Ormuz pose problème, il faut trouver d’autres chemins pour acheminer les engrais vers l’Afrique. Cela peut passer par d’autres ports, d’autres pays fournisseurs.
Renforcer la surveillance des marchés. Il faut surveiller de près les prix et les stocks d’engrais pour éviter les spéculations et les pénuries artificielles créées par des commerçants peu scrupuleux.
Octroyer un soutien financier direct aux agriculteurs. Quand les prix des engrais explosent, les petits agriculteurs ne peuvent plus en acheter. Des subventions ou des crédits à taux zéro peuvent les aider à passer ce cap difficile.
Offrir une aide ciblée aux pays les plus vulnérables. Tous les pays africains ne sont pas égaux face à cette crise. Les plus pauvres et les plus dépendants des importations ont besoin d’une aide internationale urgente.
Les stratégies à long terme
Au-delà des mesures d’urgence, une transformation profonde s’impose.
Investir massivement dans l’agriculture nationale. Plus nous produisons localement, moins nous dépendons des marchés internationaux volatils. Cela passe par des semences améliorées, des systèmes d’irrigation, des formations pour les agriculteurs.
Développer une production durable d’engrais. Il ne suffit pas de construire des usines d’engrais. Il faut qu’elles soient durables, qu’elles utilisent les ressources locales, qu’elles respectent l’environnement.
Investir dans les énergies renouvelables. La production d’engrais nécessite beaucoup d’énergie. Si cette énergie vient du solaire ou de l’éolien plutôt que du gaz importé, nous gagnons en indépendance et en stabilité des prix.
Procéder à des ajustements structurels. Cela signifie repenser nos systèmes agricoles pour qu’ils soient moins dépendants des intrants externes comme les engrais chimiques. L’agroécologie, le compost, les engrais organiques doivent prendre une place plus importante.
Le rôle crucial de la diplomatie
Toutes ces mesures sont importantes, mais elles ne remplacent pas la nécessité de résoudre le conflit à la source. Les efforts diplomatiques visant à rouvrir complètement le détroit d’Ormuz restent essentiels pour préserver la sécurité énergétique et alimentaire mondiale.
L’Afrique, à travers l’Union africaine et les organisations régionales, doit faire entendre sa voix dans les discussions internationales. Ce qui se passe au Moyen-Orient ne doit pas continuer à affamer l’Afrique.
Ce que vous devez retenir
La crise au Moyen-Orient et les blocages dans le détroit d’Ormuz ont des conséquences directes sur l’agriculture africaine. Les engrais deviennent rares et chers. Les récoltes risquent de baisser. Les prix alimentaires vont augmenter.
Face à cette situation, la CEDEAO se mobilise. Les ministres de l’Agriculture travaillent sur des solutions d’urgence comme la baisse ou la suppression de la TVA sur les engrais. Mais surtout, ils poussent pour une solution durable. Produire nos propres engrais en Afrique. Ne plus dépendre totalement des importations.
Cette crise révèle une fois de plus la vulnérabilité de l’Afrique face aux chocs externes. Mais elle peut aussi devenir une opportunité. L’opportunité de construire enfin une agriculture africaine forte, autonome, capable de nourrir sa population sans dépendre des crises qui secouent d’autres continents.
Le chemin sera long. Construire des usines d’engrais, former des agriculteurs, développer des énergies renouvelables, tout cela prend du temps et de l’argent. Mais c’est le prix à payer pour notre souveraineté alimentaire. Et cette souveraineté n’a pas de prix quand on voit à quel point nous sommes vulnérables aujourd’hui.
SUR LE MÊME SUJET :
Guerre au Moyen-Orient : « aucune rupture d’approvisionnement » constatée en France
L’Afrique en souffrance à cause de la guerre au Moyen-Orient
Guerre au Moyen-Orient : les conséquences économiques mondiales
Guerre au Moyen-Orient : la Finalissima Espagne-Argentine au Qatar annulée
La proposition du chef de l’ONU pour arrêter la guerre au Moyen-Orient