La France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, « n’entend pas donner (de) suite favorable » à ce stade à l’invitation reçue pour rejoindre un « Conseil de paix » voulu par Donald Trump, qui « soulève des questions majeures », selon le gouvernement.
« A ce stade, la France ne peut donner suite », a annoncé lundi soir le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot lors d’un débat avec les députés français.
« Elle se doit de dire non puisque en l’état, la charte de ce Board of Peace dépasse le cadre de Gaza et donc du plan de paix qui avait été endossé par les Nations unies », a-t-il justifié.
« Et parce que la Charte, dans sa rédaction actuelle, est en réalité incompatible avec les engagements internationaux de la France et en particulier son adhésion aux Nations unies, qui ne saurait en aucun cas évidemment être remise en cause », a-t-il ajouté.
La « charte » de cette initiative « dépasse le seul cadre de Gaza », contrairement aux attentes initiales, avait expliqué plus tôt à l’AFP l’entourage du président français. « Elle soulève des questions majeures, en particulier quant au respect des principes et de la structure des Nations unies, qui ne sauraient en aucun cas être remis en cause », avait-on ajouté de même source, plaidant pour un « multilatéralisme efficace ».
La France, invitée à rejoindre cette instance avec de nombreux autres pays, « examiner avec ses partenaires le cadre juridique proposé », avait-on également expliqué.
Pour autant, elle « reste pleinement engagée en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza et d’un horizon politique crédible pour les Palestiniens et les Israéliens », assure l’entourage du chef de l’Etat.
Le président des Etats-Unis Donald Trump veut créer un « Conseil de paix » totalement à sa main et en concurrence avec l’ONU pour œuvrer à la résolution des conflits dans le monde, selon une « charte » envoyée aux pays « invités » par lui à le rejoindre, et dont l’AFP a obtenu une copie lundi.
Dans un discours devant l’Académie des sciences morales et politiques lundi, Jean-Noël Barrot avait lui-même estimé que ce « Conseil de paix » était « très loin de la Charte des Nations unies ».
Il y a vu une nouvelle illustration de la politique internationale menée par les Etats-Unis, engagés selon lui avec la Chine dans un « duopole » mondial.
Chacun de ces deux pays « développe une vision alternative à celle de la Charte (des Nations unies) pour ériger un ordre international nouveau au sein duquel il jouerait le premier rôle », at-il souligné, évoquant également l’Initiative pour la gouvernance mondiale soutenue par Pékin.
« Tel qu’il est présenté, ce Conseil (de paix) a pour responsabilité principale la paix et la sécurité du monde à Gaza comme ailleurs. Il est dirigé par son président, investi de pouvoirs très étendus, comme celui d’approuver la participation des membres, désigner son propre successeur et exercer son veto sur toute décision prise à la majorité des membres », a t-il commenté.
Le ministère français des Affaires étrangères avait auparavant rappelé l’« attachement » de la France « à la Charte des Nations unies », qui « demeure la clé de voûte d’un multilatéralisme efficace, où le droit international, l’égalité souveraine des Etats et le règlement pacifique des différends primairement sur l’arbitraire, les rapports de force et la guerre ».
© Avec l’Agence France-Presse