Congo, Togo, comment le passeport des qualifications de l’UNESCO ouvre des portes

L’UNESCO œuvre auprès des réfugiés et des personnes déplacées pour faire reconnaître leurs qualifications, leur ouvrant ainsi la voie vers la poursuite d’études et l’accès à l’emploi grâce à son Passeport des qualifications. De l’Égypte et de l’Irak à la République démocratique du Congo, au Kenya, à l’Afrique du Sud, au Soudan du Sud, au Togo, à l’Ouganda et à la Zambie, près de 200 passeports ont déjà été délivrés. Voici les parcours de Jean Marie, Faida, Gustave et Lévi.

Jean Marie: l’espoir d’un avenir meilleur

« Le Passeport des qualifications de l’UNESCO m’a redonné l’espoir que la vie peut changer », confie Jean Marie. L’économiste burundais a reçu son passeport en mars 2026, aux côtés de 22 autres bénéficiaires en Ouganda.

Quand il arrive en Ouganda en 2015, Jean Marie a déjà achevé ses études supérieures au Burundi. Mais comme tant d’autres contraints de fuir un conflit, il a dû partir sans son diplôme.

Dans l’établissement de réfugiés de Nakivale, ce simple papier manquant va peser sur dix années entières de sa vie. Sans preuve de ses qualifications, ni la poursuite d’études ni un emploi à la mesure de sa formation ne sont à sa portée.

L’obtention du Passeport des qualifications de l’UNESCO (UQP) en 2026 marque un tournant. Jean Marie, aujourd’hui âgé de 41 ans, se tourne de nouveau vers l’avenir : il espère reprendre ses études en suivi et évaluation de projets, avant d’approfondir ses connaissances en gestion de projets et développement, en particulier dans l’agriculture et les petites entreprises, des domaines qu’il voit comme de véritables leviers pour des communautés comme la sienne.

Faida: reconstruire une carrière en exil

Quand Faida arrive en Ouganda, elle a déjà tout un parcours derrière elle : un diplôme de chimie et biologie obtenu en République démocratique du Congo, suivi de plusieurs années comme infirmière dans des hôpitaux du pays. Le conflit l’oblige pourtant à tout quitter pour repartir de zéro. Depuis onze ans, elle vit dans l’établissement de réfugiés de Rwamwanja.

C’est là qu’elle découvre le Passeport des qualifications de l’UNESCO (UQP), qu’elle obtient en 2024 et qu’elle décrit comme une étape décisive.

Toujours à la recherche d’un poste dans son domaine, Faida prend aussi le temps d’encourager d’autres personnes déplacées de l’établissement à demander leur propre UQP. Elle sait, pour l’avoir vécu, combien il est difficile de faire reconnaître ses qualifications une fois la frontière franchie, et voit dans ce document un outil concret pour renouer avec son parcours, son expérience et ses ambitions.

Gustave: continuer malgré les ruptures

Originaire de la République démocratique du Congo, Gustave achève ses études secondaires en 2008, avant de partir se spécialiser en génie industriel au Burundi, avec une orientation en informatique et télécommunications. Il obtient son diplôme en 2013.

Cette stabilité ne dure pas. De retour en République démocratique du Congo, un nouveau conflit le force à fuir. Dès 2015, il s’installe en Ouganda.

C’est à Nakivale que Gustave trouve un moyen de continuer à se rendre utile : de 2016 à 2019, il enseigne dans un établissement secondaire, transmettant son savoir alors même que son propre avenir professionnel reste flou. C’est également là qu’il entend parler pour la première fois de l’UQP, qu’il obtiendra finalement en 2026.

Aujourd’hui, Gustave veut construire sur cette base : approfondir ses compétences dans un secteur technologique en constante évolution, et trouver un emploi qui reflète enfin sa formation et son expérience.

Lévi: un parcours qui continue de s’écrire

Pour certains, l’impact de l’UQP se révèle avec le temps. C’est le cas de Lévi.

Originaire de la République démocratique du Congo, il fait partie des premiers à avoir reçu le Passeport des qualifications de l’UNESCO, en 2021, alors qu’il vivait dans l’établissement de réfugiés de Meheba, en Zambie. Grâce à lui, il s’installe en Italie en décembre 2022 pour commencer un master en communication, technologie et multimédia à l’université de Brescia.

Sa première année menée à bien, des complications médicales le contraignent à rentrer en Zambie en août 2024, laissant ses études en suspens. Mais son histoire ne s’arrête pas là.

Reprenant une idée mûrie plusieurs années auparavant, Lévi fonde la All About Humanity Foundation, une organisation dirigée par des réfugiés qui vient en aide aux orphelins et aux personnes vulnérables de Meheba. La fondation accompagne les jeunes dans leurs démarches de bourses et de candidatures universitaires, leur ouvrant ainsi les portes de l’éducation.

Son propre parcours nourrit cet engagement. Lévi espère aujourd’hui reprendre ses études dans le domaine de l’action humanitaire, pour faire converger éducation et engagement auprès de sa communauté.

Perspectives

Ces parcours racontent les obstacles que continuent d’affronter de nombreux réfugiés, mais aussi la façon dont la reconnaissance de leurs qualifications peut leur rouvrir des portes.

En certifiant des qualifications même en l’absence de documents officiels, le Passeport UNESCO permet à chacun de franchir une nouvelle étape : reprendre ses études, réintégrer le monde du travail, ou mettre ses compétences au service d’autres projets.

Derrière chaque passeport se cache bien plus qu’un parcours d’apprentissage : une promesse pour l’avenir, et la preuve que même après des années de rupture, l’espoir peut toujours se reconstruire.

À propos du Passeport des qualifications de l’UNESCO

Le Passeport des qualifications de l’UNESCO (UQP) aide les réfugiés et les personnes déplacées à faire évaluer et reconnaître leurs qualifications, même en l’absence de documents officiels complets.

Fondé sur l’examen des éléments disponibles et sur des entretiens, il dresse une synthèse fiable du parcours académique, de l’expérience professionnelle et des compétences linguistiques de chaque titulaire.

Ce document facilite l’accès à la poursuite d’études, à des formations et à l’emploi, permettant à ses bénéficiaires de continuer à apprendre et de contribuer à leur communauté.

Lancée à titre pilote en Zambie en 2019, l’initiative s’est depuis étendue à plusieurs pays : République démocratique du Congo, Égypte, Irak, Kenya, Afrique du Sud, Soudan du Sud, Togo et Ouganda. À ce jour, 183 passeports ont été délivrés dans le monde, ouvrant la voie à davantage d’inclusion, d’autonomie et d’opportunités.

Le Passeport des qualifications de l’UNESCO est mis en œuvre en collaboration avec le HCR et les autorités nationales de reconnaissance des diplômes, avec le soutien de la Norvège.

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