Selon les données des Nations Unies pour 2021, 22% des Togolais vivent avec moins de 1,9 dollar (1000 Fcfa) par jour. L’extrême pauvreté frappe surtout les zones rurales (89%), les enfants de moins de 15 ans (50%) et les femmes (53%). Les régions des Savanes et des Plateaux concentrent la moitié des extrêmes pauvres du pays.
Sur une population togolaise de 8,26 millions d’habitants, 22% vivent dans l’extrême pauvreté selon l’Analyse Commune de Pays (CCA) 2025 publié par les Nations Unies le 19 mai 2026. Ce taux représente une légère baisse par rapport à 2018 où il s’établissait à 23,1%.
L’extrême pauvreté se définit par des dépenses alimentaires journalières inférieures à 1,9 dollar américain en parité de pouvoir d’achat 2011. Concrètement, une personne extrêmement pauvre au Togo dispose de moins de 1 140 francs CFA par jour pour se nourrir.
Le milieu rural concentre 89% des extrêmes pauvres
La pauvreté extrême au Togo présente un visage essentiellement rural. Le milieu rural abrite 89% des personnes vivant dans l’extrême pauvreté. Cette concentration s’explique par plusieurs facteurs structurels qui pénalisent les campagnes togolaises.
Les zones rurales souffrent d’un accès limité aux services de base. Les infrastructures routières restent insuffisantes, isolant de nombreux villages.
L’accès à l’eau potable, à l’électricité et aux soins de santé demeure problématique dans de nombreuses régions. Les opportunités économiques y sont également plus restreintes qu’en milieu urbain.
Cette répartition géographique de la pauvreté pose un défi majeur aux politiques publiques. Pour réduire significativement l’extrême pauvreté au Togo, il faut prioritairement agir en milieu rural où se trouvent neuf pauvres sur dix.
Les Savanes et les Plateaux : épicentres de la pauvreté
La répartition régionale révèle que deux régions concentrent environ la moitié des extrêmes pauvres du pays. La région des Savanes arrive en tête avec 29,9% des personnes vivant dans l’extrême pauvreté. La région des Plateaux suit avec 19,6%.
Ces deux régions totalisent donc près de 50% des extrêmes pauvres togolais alors qu’elles ne représentent qu’une partie de la population nationale. Cette concentration géographique indique que certaines zones du pays cumulent les handicaps structurels.
La région des Savanes, située au nord du Togo, fait face à des conditions climatiques difficiles avec des pluies irrégulières qui compliquent l’agriculture. Les sols sont souvent pauvres et l’enclavement des villages limite l’accès aux marchés. La région des Plateaux, malgré un climat plus favorable, souffre également d’infrastructures insuffisantes et d’un manque d’opportunités économiques diversifiées.
Le profil type du ménage extrêmement pauvre
Les données des Nations Unies permettent de dresser un portrait-robot du ménage extrêmement pauvre au Togo.
Ces ménages sont de grande taille. 84,9% comptent au moins 5 personnes. Cette taille importante aggrave la pauvreté car les ressources limitées doivent être partagées entre de nombreuses bouches à nourrir.
Le chef de ménage travaille principalement dans l’agriculture. 69,1% des chefs de ménages extrêmement pauvres sont agriculteurs.
Il s’agit généralement d’une agriculture de subsistance sur de petites parcelles, avec des techniques traditionnelles peu productives et sans accès aux intrants modernes.
Le niveau d’instruction du chef de ménage est très faible. 52% n’ont aucun niveau d’instruction. Ils n’ont jamais été à l’école.
28,9% ont seulement un niveau primaire. Cumulés, cela signifie que 80,9% des chefs de ménages extrêmement pauvres ont au maximum un niveau primaire.
Cette absence d’éducation limite drastiquement les opportunités économiques. Sans savoir lire, écrire ou compter correctement, difficile d’accéder à des emplois mieux rémunérés ou de développer des activités économiques plus rentables.
Une légère amélioration entre 2018 et 2021
Le taux d’extrême pauvreté est passé de 23,1% en 2018 à 22% en 2021. Cette baisse de 1,1 point de pourcentage représente une amélioration modeste mais réelle.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution. Le Togo a connu une croissance économique relativement soutenue durant cette période. Le gouvernement a mis en œuvre des programmes sociaux comme le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC) et Novissi, un programme de transferts monétaires.
Toutefois, cette baisse reste insuffisante. À ce rythme, il faudrait plusieurs décennies pour éradiquer l’extrême pauvreté au Togo. Et la pandémie de COVID-19, dont les effets économiques se sont fait sentir en 2020-2021, a probablement ralenti les progrès.
Les défis pour réduire l’extrême pauvreté
Réduire significativement l’extrême pauvreté au Togo nécessite des actions sur plusieurs fronts simultanément.
D’abord, moderniser l’agriculture. Avec 69% des chefs de ménages pauvres travaillant dans ce secteur, améliorer la productivité agricole est crucial. Cela passe par l’accès aux intrants de qualité, aux techniques modernes, aux équipements, aux systèmes d’irrigation et aux marchés.
Ensuite, investir massivement dans l’éducation. Avec 52% des chefs de ménages pauvres analphabètes, l’éducation est un levier fondamental. Scolariser tous les enfants, réduire les abandons scolaires, améliorer la qualité de l’enseignement constituent des priorités absolues.
Puis, développer les infrastructures rurales. Routes, électrification, accès à l’eau potable, centres de santé. Ces infrastructures de base conditionnent le développement économique et social des zones rurales où vivent 89% des pauvres.
Ensuite, promouvoir l’autonomisation économique des femmes. Avec 53% des pauvres étant des femmes, leur donner accès au crédit, à la formation professionnelle, à la terre et aux opportunités économiques est essentiel.
Enfin, cibler les régions les plus touchées. Les Savanes et les Plateaux, qui concentrent 50% des pauvres, doivent bénéficier de programmes spécifiques et renforcés.
Ce que ces chiffres signifient concrètement
22% d’extrême pauvreté signifie qu’environ 1,8 million de Togolais vivent avec moins de 1 140 francs CFA par jour. Imaginez ce que vous pouvez acheter avec cette somme.
Un petit pain coûte environ 100 francs. Un plat de riz simple coûte 200-300 francs. Avec 1 140 francs, vous pouvez acheter de quoi manger très modestement pour une journée. Mais vous ne pouvez rien mettre de côté pour les autres besoins : vêtements, soins médicaux, scolarité des enfants, logement.
C’est cela l’extrême pauvreté. Survivre au jour le jour sans jamais pouvoir investir dans l’avenir. Voir ses enfants grandir dans les mêmes conditions. Ne pas avoir les moyens de se soigner quand on est malade. Abandonner l’école faute de moyens pour payer les frais.
Derrière ces statistiques se cachent 1,8 million d’histoires humaines de lutte quotidienne pour la survie. Des enfants qui vont à l’école le ventre vide. Des mères qui sautent des repas pour que leurs enfants puissent manger. Des familles qui dorment dans des abris précaires. Des malades qui ne peuvent pas se soigner.
L’extrême pauvreté au Togo n’est pas une fatalité. C’est un défi que le pays peut relever avec des politiques publiques ciblées, des investissements massifs dans les secteurs clés et une volonté politique soutenue.
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