Trois soldats camerounais ont été condamnés le jeudi 19 février 2026 à des peines de prison pour le meurtre de 21 civils en 2020 dans le nord-ouest anglophone du Cameroun, ont indiqué vendredi les avocats des victimes.
Les avocats ont déclaré que le tribunal militaire de Yaoundé a prononcé les sentences en lien avec les violences survenues le 14 février 2020 au cours desquelles, selon Human Rights Watch (HRW), des troupes gouvernementales et des milices peules ont attaqué le village de Ngarbuh et tué « au moins 21 civils ».
Treize enfants et une femme enceinte figuraient parmi les victimes de cette attaque qui s’est déroulée dans une région en proie à un conflit séparatiste, selon HRW.
Les assaillants ont également incendié cinq maisons et se sont livrés à des pillages et à des agressions contre les habitants, avait souligné HRW dans un communiqué publié la semaine suivant les violences.
Le gouvernement avait dans un premier temps rejeté l’accusation portant sur une participation délibérée de ses troupes ainsi que le bilan établi par HRW.
Cependant, Yaoundé a finalement porté l’affaire devant les tribunaux, ouvrant la voie à une condamnation rare de militaires.
Les soldats étaient poursuivis pour violation de consignes, coaction dans le délit de meurtre, destruction et incendie et de violences sur femme enceinte.
« Le sergent Baba Guida a été condamné à huit ans d’emprisonnement ferme, le gendarme Haranga Gilbert et le caporal Sanding Sanding ont respectivement été condamnés à dix et cinq ans d’emprisonnement ferme », selon le communiqué du collectif d’avocats des victimes publié vendredi.
Les exactions avaient eu lieu au cours d’une opération des troupes armées dans un village du Nord-Ouest, l’une des deux régions anglophones du Cameroun en proie depuis neuf ans à des violences armées suivant un mouvement sécessionniste.
Le conflit a éclaté fin 2016 après que le président Paul Biya, qui dirige sans partage le Cameroun depuis plus de 42 ans, a ordonné la répression des manifestations pacifiques d’anglophones des deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui s’estimaient marginalisées dans ce pays en majorité francophone.
Les enlèvements et meurtres d’élus, fonctionnaires et enseignants accusés de « collaborer » avec le pouvoir sont fréquents dans le Nord-Ouest.
L’armée et la police sont quant à elles accusées de se livrer à des expéditions punitives contre ceux qu’elles accusent de sympathiser avec les séparatistes.
Au moins 6.000 civils ont été tués par les forces gouvernementales et les combattants séparatistes depuis le début du conflit, selon HRW.
© AFP