Burkina Faso : les propriétaires terrains ont un nouveau délai pour optimiser leurs parcelles

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Crédits photo : Iwaria / chamsdine

Le gouvernement au Burkina Faso a adopté ce jeudi 6 mars 2026 un décret qui modifie en profondeur les règles de gestion des terrains à usage d’habitation. Désormais, les attributaires disposent de huit ans pour mettre en valeur leur parcelle, contre cinq ans auparavant.

Cette décision a été entérinée lors du Conseil des ministres présidé par le Capitaine Ibrahim Traoré. Elle traduit en actes la loi n°015-2025/ALT, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée législative de transition le 21 octobre 2025.

Selon le ministre de l’Économie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo, dont les propos ont été rapportés par la Direction de la communication de la Présidence du Faso, « la RAF est partie du principe que la terre appartient désormais à l’État ». Ce renversement de logique rompt avec des décennies de gestion fragmentée du foncier burkinabè. La loi de 2025 établit que l’État est propriétaire initial, tout en pouvant céder certaines terres en propriété privée ou les transférer aux collectivités territoriales. Le décret du 5 mars précise les modalités concrètes de ces transferts.

Trois mesures touchent directement les détenteurs de parcelles résidentielles. D’abord, l’extension de la durée de mise en valeur des terres, qui passe de cinq à huit ans. Ce délai supplémentaire répond à une réalité bien connue : beaucoup de ménages burkinabè peinent à construire dans les cinq ans suivant l’attribution, faute de ressources suffisantes. Ensuite, le constat de mise en valeur sera réalisé par satellite. Cette technologie renforce la transparence des contrôles et limite les risques de fraude. Enfin, lors des opérations de lotissement, une même personne ne pourra plus recevoir plus d’une parcelle par région. Cette disposition vise à freiner la spéculation et à élargir l’accès au foncier résidentiel.

Au-delà des délais, le décret ouvre une nouvelle page administrative. La numérisation du cadastre consacre désormais la délivrance des extraits cadastraux en ligne. Pour des milliers de Burkinabè, cela signifie moins de déplacements, moins de délais d’attente, moins d’intermédiaires.

Un second décret, adopté lors du même Conseil des ministres, porte sur les structures et outils de gestion du domaine foncier national, en application directe de la loi RAF de 2025. Il consolide les mécanismes d’évaluation des parcelles et organise le fonctionnement des commissions chargées des retraits ou cessions de terrains.

Le foncier burkinabè a historiquement alimenté des conflits entre particuliers, entre communautés et entre l’État et ses administrés. Le site d’information Wakat Séra rappelle que les réformes engagées après la RAF de 1984 ont contribué à l’accaparement des terres, rendant difficile le dégagement de terrains pour des projets agricoles ou stratégiques. La réforme de 2025-2026 tente de corriger ces dérives en associant les collectivités territoriales à la gestion foncière, tout en maintenant l’État comme autorité centrale. Reste à observer, dans les mois à venir, comment ces décrets seront appliqués sur le terrain.

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