À l’heure où la souveraineté alimentaire s’affirme comme l’un des défis majeurs du continent africain, le Bénin trace discrètement, mais sûrement sa voie vers l’autosuffisance.
Les chiffres, révélés récemment par la Banque africaine de développement (BAD) et relayés par nos confrères de Sikafinance, montrent clairement les contours d’une transformation agricole sans précédent.
Concrètement, la production rizicole a quasiment doublé en l’espace de trois ans, atteignant 712 000 tonnes en 2023.
C’est une performance qui dépasse facilement les objectifs initialement fixés par les autorités béninoises. Par ailleurs, elle ne constitue pas un phénomène isolé.
Et pour cause, elle entre dans le cadre d’une dynamique de renaissance agricole qui touche également d’autres filières clés.
C’est ainsi que le maïs, aliment de base dans le pays, a vu sa production augmenter de 200 000 tonnes sur la même période.
Plus spectaculaire encore, la transformation locale de l’anacarde a plus que doublé, portée par le développement de la zone industrielle de Glo-Djigbé, vitrine de la politique d’industrialisation voulue par Patrice Talon.
La réussite du Bénin basée sur plusieurs facteurs
Ces résultats ne doivent rien au hasard. Ils sont le fruit d’une stratégie méthodique qui conjugue aménagement des terres et renforcement des capacités de transformation.
Plus de 7 500 hectares ont ainsi été mis en valeur grâce à des investissements ciblés dans les infrastructures d’irrigation et l’amélioration des techniques culturales.
La mobilisation de financements internationaux, notamment ceux de la BAD, a permis d’accélérer cette mutation structurelle du secteur agricole au Bénin.
L’essor de la filière anacarde montre parfaitement cette volonté d’industrialisation. Longtemps exportée sous forme brute, la noix de cajou bénéficie désormais d’unités de transformation modernes qui permettent de capter localement une part croissante de la valeur ajoutée. Cette approche, qui vise à intégrer les chaînes de valeur, concerne également l’élevage, avec des progrès notables dans la production laitière et bovine.
Mais la vision béninoise ne s’arrête pas aux frontières des champs. Elle englobe l’ensemble des infrastructures nécessaires à la compétitivité économique du pays.
Le Port Autonome de Cotonou, poumon des échanges commerciaux de la sous-région, fait l’objet d’importants travaux de modernisation avec l’ambition affichée d’atteindre un trafic de 15 millions de tonnes à l’horizon 2026.
Ces investissements stratégiques permettent au Bénin de conforter sa position de corridor logistique essentiel pour les pays enclavés comme le Niger et le Burkina Faso.
Le secteur énergétique n’est pas en reste. Plus de 1 500 km de nouvelles lignes électriques sont en cours de déploiement à travers le territoire national.
Cette expansion du réseau se traduit par une amélioration tangible du taux d’accès à l’électricité, qui est passé de 36,5% en 2020 à près de 40% en 2023. Les zones rurales, traditionnellement moins bien desservies, bénéficient particulièrement de cette dynamique d’électrification.
L’accès à l’eau potable connaît une évolution similaire. En 2023, 80% des populations rurales disposent désormais d’un accès sécurisé à cette ressource vitale.
Parallèlement, les projets de lutte contre les inondations financés par la BAD contribuent à réduire la vulnérabilité du pays face aux aléas climatiques.
Ces résultats, aussi encourageants soient-ils, ne constituent qu’une étape dans la transformation profonde engagée par le Bénin.
Le pays et ses partenaires, au premier rang desquels la Banque africaine de développement, entendent aller plus loin en innovant dans les mécanismes de financement.
L’introduction de garanties financières et de financements indexés sur la performance illustre cette volonté d’explorer de nouvelles voies pour soutenir le développement.
Avec un portefeuille de 1,2 milliard de dollars répartis sur 16 projets actifs, la BAD s’affirme comme un acteur clé de cette métamorphose béninoise.
Cette collaboration étroite entre le gouvernement et l’institution financière panafricaine permet d’inscrire les réformes dans la durée et d’en maximiser l’impact socioéconomique.