Avec la SONAFIR et l’AGEROUTE, le Togo veut accélérer sa croissance économique

Au Togo, le Conseil des ministres a adopté le 26 juin 2026 deux décrets créant l’AGEROUTE TOGO et la SONAFIR, censées professionnaliser la gestion et le financement des routes. Une réforme qui répond à des besoins réels, mais dont l’efficacité reste à démontrer sur le terrain.

Le gouvernement togolais a créé deux nouvelles structures dédiées au secteur routier. L’Agence des travaux et de gestion des routes du Togo (AGEROUTE TOGO) sera chargée de conduire les projets routiers, tandis que la Société nationale de financement routier (SONAFIR) remplacera la Société autonome de financement de l’entretien routier (SAFER), jugée insuffisante après plus d’une décennie d’existence.

Pourquoi les routes sont un enjeu économique majeur ?

La pertinence de cette réforme s’inscrit dans un contexte documenté. Selon le rapport Africa Pulse d’octobre 2025 de la Banque mondiale, moins de la moitié des réseaux routiers en Afrique subsaharienne sont asphaltés, rendant de nombreuses routes impraticables pendant la saison des pluies.

Les données issues des enquêtes de la Banque mondiale auprès des entreprises indiquent que 24 % des entreprises d’Afrique subsaharienne considèrent les difficultés de transport comme un obstacle majeur à leurs activités, contre une moyenne mondiale de 17 %¹.

Dans certains pays, cette proportion est deux à cinq fois plus élevée que dans des pays comparables comme le Vietnam¹.

Les conséquences sont concrètes. Les entreprises subissent des retards d’expédition et des coûts de transport élevés.

Dans les zones urbaines, les travailleurs peinent à accéder aux bassins d’emploi en raison de la congestion et de la médiocrité des transports, ce qui pénalise particulièrement les ménages à faibles revenus installés en périphérie¹.

Des études menées en Éthiopie et dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne montrent que l’amélioration de la qualité des routes contribue à une augmentation de l’activité économique, de la productivité et de l’emploi³.

Ces effets sont amplifiés lorsque les routes sont accompagnées d’infrastructures complémentaires comme l’électricité et l’internet⁴.

Ce que prévoient les deux décrets

L’AGEROUTE TOGO naît du constat que les responsabilités institutionnelles dans la conduite des projets routiers étaient trop dispersées, générant selon le Conseil des ministres des surcoûts et des retards.

La nouvelle agence assumera la maîtrise d’ouvrage déléguée des projets routiers, c’est-à-dire qu’elle pilotera les chantiers de bout en bout, de la conception à la livraison, en lieu et place des multiples acteurs qui se partageaient auparavant cette mission.

La SONAFIR, quant à elle, remplace la SAFER dont les évaluations ont révélé des insuffisances dans la mobilisation des ressources.

Dotée de prérogatives élargies, elle devra diversifier les instruments de financement et développer des partenariats stratégiques pour répondre aux besoins croissants du secteur.

La séparation entre financement (SONAFIR) et maîtrise d’ouvrage (AGEROUTE) constitue le cœur de cette réforme institutionnelle.

Un secteur qui attend des résultats tangibles

Pour les populations togolaises, la réforme ne se mesurera pas aux décrets signés mais aux kilomètres de routes construits, réhabilités et entretenus.

Un agriculteur des Savanes, un commerçant des Plateaux ou un habitant d’une zone enclavée jugera cette réforme à l’aune d’une chose simple : peut-il, oui ou non, circuler correctement toute l’année ?

Le Togo a posé un cadre institutionnel. La démonstration reste à faire sur le terrain.

________________________________________

Notes et références

¹ Banque mondiale, Africa Pulse, octobre 2025 : données issues des enquêtes auprès des entreprises en Afrique subsaharienne.
² Asher, S. et Novosad, P. (2020). Étude sur l’impact des routes sur l’activité économique et l’emploi.
³ Fiorini, M. et Sanfilippo, M. (2022). Étude menée en Éthiopie sur les effets de l’amélioration des routes sur l’emploi dans le secteur des services.
Dappe, M.H. et Lebrand, M. (2024). Étude sur les effets de l’accès aux routes sur l’emploi en Afrique subsaharienne, avec effets amplifiés en présence d’infrastructures complémentaires (électricité, internet).

Continuez la discussion en temps réél !
Rejoignez notre chaîne WhatsApp