Un carnage à la rupture du jeune de ramadan : plusieurs explosions coordonnées imputées à des attentats-suicides ont visé le marché et des lieux fréquentés et fait au moins 23 morts et plus d’une centaine de blessés à Maiduguri lundi soir, moins de 24h après l’attaque d’un poste militaire dans cette grande ville du nord-est du Nigeria.
Au lendemain de ce qui constitue le pire attentat dans cette région depuis des années, le président Bola Tinubu a annoncé mardi qu’il dépêchait les chefs de la sécurité sur place « pour prendre la situation en main ».
Située à trois heures d’avion environ de la capitale économique Lagos, Maiduguri compte plus d’un million d’habitants, non loin du Tchad, du Cameroun et du Niger.
« Ces actes terroristes constituent les dernières tentatives désespérées et frénétiques de criminels et d’éléments terroristes qui cherchent à semer et à propager la peur », a affirmé le chef de l’Etat dans un communiqué.
Trois explosions ont eu lieu quasi-simultanément lundi soir à Maiduguri, capitale de l’Etat régional de Borno. Les assaillants ont visé le marché, l’entrée de l’hôpital universitaire et les environs de la Poste.
« Au vu des premières investigations, on soupçonne des kamikazes », a indiqué dans un communiqué le porte-parole de la police, Nahum Kenneth Daso, et « malheureusement, 23 personnes ont perdu la vie au total et 108 autres ont été blessées à des degrés divers ».
Une source militaire a imputé ces attaques à des militants de Boko Haram, groupe jihadiste fondé à Maiduguri, qui a lancé en 2009 une campagne visant à établir un califat dans le pays.
Mala Mohammed, 31 ans, qui a échappé à l’explosion sur le marché, a raconté avoir d’abord entendu deux détonations et vu des gens paniqués se mettre à courir.
« A ce moment-là, nous ne savions pas exactement ce qui s’était passé. Mais au bout de deux ou trois minutes, d’autres personnes qui couraient le long de la route ont commencé à crier qu’il y avait eu une bombe à l’entrée du marché », se souvient-il.
« Beaucoup se sont précipités vers le quartier de la Poste, car l’entrée du marché et la poste ne sont pas très éloignées l’une de l’autre », poursuit-il. « Malheureusement, alors qu’ils couraient vers la Poste, une personne qui portait l’engin explosif s’est lancée dans la foule alors que les gens tentaient encore de s’échapper. »
Des attaques « barbares »
Tôt mardi matin, la police a assuré que la situation était « revenue à la normale » et annoncé des patrouilles renforcées des forces de sécurité dans la ville et ses environs.
Malgré une amélioration, « la ville a toujours été vulnérable », a dit à l’AFP Confidence McHarry, analyste auprès de SBM Intelligence, basé à Lagos.
L’attention de l’armée s’est récemment concentrée sur le groupe jihadiste rival Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) mais Boko Haram « dispose toujours de cellules » autour de Maiduguri et les attentats montrent « qu’il s’agit toujours d’une force avec laquelle il faut compter », observe l’analyste.
« La récente recrudescence des attentats n’est pas sans rapport avec les opérations militaires intensives menées dans la forêt de Sambisa », un bastion jihadiste notoire, a estimé le gouverneur régional Babagana Zulum, dénonçant des actes « barbares ».
Dimanche soir à minuit, des jihadistes présumés avaient déjà tenté en vain de prendre d’assaut un poste militaire dans un faubourg proche de l’aéroport.
En décembre, un attentat à la bombe non revendiqué avait fait au moins sept morts dans une mosquée de la ville.
Cette résurgence de l’insurrection intervient après une période de relative tranquillité à Maiduguri, où la vague de fusillades et d’attentats à la bombe a culminé au milieu des années 2010.
La violence a toutefois persisté dans les campagnes environnantes et ces derniers mois, les groupes jihadistes ont intensifié leur pression.
Les Etats-Unis ont annoncé récemment l’envoi de 200 soldats au Nigeria pour aider l’armée nigériane à combattre les jihadistes.
Depuis 2009, les attaques jihadistes dans le nord-est du Nigeria, perpétrées principalement par Boko Haram et le groupe jihadiste Iswap, ont fait plus de 40.000 morts et environ deux millions de déplacés, selon l’ONU.
© Avec l’Agence France-Presse