La justice tunisienne a décidé ce vendredi 6 février 2026 le placement en détention d’un député ayant critiqué sur les réseaux sociaux l’action du président Kaïs Saïed après de récentes inondations et pluies torrentielles dans le pays, a indiqué à l’AFP son avocat.
Le procureur général du tribunal de première instance de Tunis a émis un mandat d’arrêt à l’encontre d’Ahmed Saïdani, placé en garde à vue mercredi, « pour avoir porté atteinte à autrui via les réseaux sociaux », a précisé son avocat, Me Houssem Eddine Ben Attia. Son procès doit démarrer le 12 février, selon la défense.
Ahmed Saïdani est poursuivi en vertu de l’article 86 du code des télécommunications, prévoyant un à deux ans de prison pour « quiconque nuit intentionnellement à autrui ou trouble leur quiétude à travers les réseaux publics ».
Membre du bloc parlementaire de la « Ligne nationale souveraine », le député avait commenté le 3 février sur Facebook les déplacements du président Saïed dans des villes sinistrées par des pluies inédites depuis 70 ans.
« Il semble qu’après les piscines et les fontaines, le président ait décidé d’étendre officiellement ses prérogatives aux routes et canalisations. Apparemment, son nouveau titre sera +Commandant suprême de l’assainissement et de l’évacuation des eaux pluviales+ », a-t-il écrit. Il l’a aussi ironiquement qualifié de « patriote cumulant les fonctions de maire, de chef de municipalité et d’employé à l’Office de l’assainissement ».
Dans la même publication, le député affirmait qu’il ne serait « pas surpris » que M. Saïed « oublie parfois qu’il est président, tant il passe ses journées à réfléchir entre les tuyaux et les lanternes ».
Ahmed Saïdani, qui a soutenu le coup de force du président Saïed à l’été 2021 et approuvé la condamnation et la mise en détention des principales figures de l’opposition, est peu connu du grand public.
Depuis juillet 2021, quand M. Saïed a limogé son Premier ministre et gelé le Parlement avant de faire élire un Parlement aux pouvoirs fortement restreints, plusieurs ONG tunisiennes et internationales dénoncent une régression des droits et des libertés dans le pays.
Vendredi, le bureau de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a pris acte des poursuites judiciaires à l’encontre de M. Saïdani, appelant à respecter les garanties constitutionnelles accordées aux députés. Celles-ci ont été réduites et la levée de leur immunité a été facilitée par une nouvelle Constitution promulguée en 2022 par M. Saïed.