Le 16 mars 2026, le Groupe de la Banque mondiale a annoncé depuis Washington un don de 35 millions de dollars à Djibouti, pays d’Afrique de l’Est. Converti en francs CFA, ce montant représente près de 20 milliards. Il est destiné à améliorer l’accès à l’eau potable dans les zones rurales du pays.
Le projet porte le nom de DJIRESA, pour Projet de résilience des eaux souterraines et d’approvisionnement en eau. Son objectif est de construire et de réhabiliter des infrastructures hydrauliques dans les régions les plus isolées. À terme, environ 127 000 ruraux bénéficieront directement de ces installations. Par ailleurs, 167 000 personnes verront leur résistance aux aléas climatiques renforcée.
La Banque mondiale a documenté l’ampleur du déséquilibre dans son communiqué. « Les conséquences se font sentir avec une acuité particulière dans les zones rurales, où seuls 47 % des habitants ont accès à des services de base en eau potable, contre 83 % en milieu urbain — un écart qui reflète des décennies d’investissements inégaux », indique l’institution.
Le projet va au-delà de la seule construction d’ouvrages. Il prévoit la professionnalisation de la gestion des équipements hydrauliques ruraux, souvent mal entretenus. Des bureaux régionaux seront créés au sein de la direction nationale de l’hydraulique rurale. Des formations techniques accompagneront ces nouvelles structures. Un système national de gestion des données sur les eaux souterraines sera également mis en place, relié à une plateforme coordonnée par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).
Ce don s’intègre dans un programme régional de 455 millions de dollars. Ce programme couvre aussi l’Éthiopie, le Kenya et la Somalie. L’IGAD assurera la coordination et recevra un financement complémentaire pour renforcer la gestion transfrontalière des ressources hydriques.
La situation hydrique de Djibouti reste parmi les plus tendues au monde. Les ressources en eau renouvelables y sont estimées à 185 mètres cubes par habitant et par an. Ce niveau est nettement inférieur au seuil de pénurie absolue fixé à 500 mètres cubes. Les sécheresses, les inondations et la salinisation des nappes phréatiques aggravent cette réalité structurelle.
Selon le premier rapport national sur le climat et le développement à Djibouti, publié en 2025 et cité par la Banque mondiale, le changement climatique pourrait amputer le PIB du pays de 6 % d’ici 2050. Le coût cumulé est estimé entre 14 et 15 milliards de dollars, soit l’équivalent de quatre années de production nationale.
Dans la sous-région, la pression sur les ressources naturelles s’intensifie. Selon le Programme alimentaire mondial, environ 22 millions d’Éthiopiens sont en situation d’insécurité alimentaire. En Somalie, 4,4 millions de personnes sont menacées par une crise liée au manque de pluies. Ces données confirment que la question de l’eau conditionne directement la stabilité économique et alimentaire de toute la Corne de l’Afrique.
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