AES : l’Union Africaine courtise le Mali, le Burkina Faso et le Niger ; pied de nez à la CEDEAO ?

AES l'Union Africaine courtise le Mali, le Burkina Faso et le Niger ; pied de nez à la CEDEAO

Crédits photo : Présidence Burkinabè

L’Union africaine semble entamer une démarche de rapprochement avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger qui ont formé l’AES (l’Alliance des États du Sahel) après leur départ de la CEDEAO. En effet, le 20 avril 2026, le président du Burundi, le général Évariste Ndayishimiye a posé le pied à l’aéroport de Ouagadougou. Or, il faut le rappeler, le président du Burundi est également le président en exercice de l’Union africaine.

Il a été reçu au palais présidentiel de Koulouba par le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État burkinabè et président de la Confédération des États du Sahel. La visite, officielle et placée sous le signe de l’amitié, traduit un mouvement diplomatique que peu observaient venir à cette vitesse.

À l’issue des échanges, Ndayishimiye n’a pas ménagé ses mots. « Les discussions se sont bien passées », a-t-il déclaré. « Maintenant, je connais la réalité objective de la région du Sahel et aussi du peuple burkinabè. » Puis il a ajouté : « Je compte dresser un bon rapport objectif à mes pairs à l’UA et j’espère que sur la base de ce rapport, les relations vont encore se renforcer. On pourra aller ensemble vers un avenir commun. » Pour l’institution continentale, l’Union africaine doit fonctionner comme un lien entre le peuple burkinabè et le reste de l’Afrique.

Ce rapprochement prend place dans un contexte tendu. En janvier 2024, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont annoncé leur retrait sans délai de la CEDEAO, accusant l’organisation d’être devenue « une menace pour ses États membres et ses populations ». Depuis lors, les trois pays forment la Confédération de l’AES, un bloc de souveraineté qui a progressivement construit ses propres institutions, loin des structures régionales héritées des années 1970.

L’Union africaine, de son côté, avait suspendu ces trois pays après les coups d’État successifs. Selon le site Afrique sur 7, le représentant spécial de la Commission de l’UA au Mali et au Sahel, le Dr Mamadou Tangara, a reconnu lors d’une visite au Niger que l’AES est « une réalité indéniable » avec laquelle il faut désormais composer. Ce constat marque une évolution sensible dans la posture de l’organisation continentale.

Ndayishimiye n’est pas un inconnu dans la région. Nommé envoyé spécial de l’UA pour le Sahel en juillet 2025, il avait déjà rencontré Ibrahim Traoré le 24 juillet de la même année, ainsi que le président malien Assimi Goïta deux jours auparavant. Sa désignation à la présidence de l’UA a donc accéléré un dialogue qu’il avait lui-même engagé.

En février 2026, lors de la conférence de presse qui avait suivi son élection à la tête de l’UA, Ndayishimiye avait insisté sur la nécessité de rétablir les régimes constitutionnels dans la région. Il avait toutefois souligné l’importance de maintenir des canaux de communication ouverts avec ces États. La visite à Ouagadougou traduit cet équilibre : maintenir une ligne de principe, tout en refusant la rupture.

En mai 2025, de premières consultations officielles de haut niveau s’étaient tenues à Bamako entre la CEDEAO et l’AES. Aucun accord concret n’avait été annoncé, mais le processus avait été engagé. La venue du président en exercice de l’UA à Ouagadougou s’inscrit dans cette même dynamique de contacts, sans garantie de résultat immédiat. Le rapport que Ndayishimiye entend soumettre à ses pairs africains dira si le rapprochement peut, cette fois, déboucher sur quelque chose de concret.

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