Amélie de Montchalin a pris lundi 23 février 2026 ses fonctions de première présidente de la Cour des comptes, et sa première décision a été de « s’abstenir de participer » aux débats sur les finances publiques 2025, qu’elle a contribué à élaborer.
L’ancienne ministre de l’Action et des Comptes publics rajeunit considérablement cette fonction avec ses 40 ans. Son âge a d’ailleurs suscité une controverse, car le mandat est irrévocable jusqu’à une limite fixée à 68 ans, donc jusqu’en 2053 la concernant.
Dans l’immédiat, la nouvelle numéro un des magistrats de la rue Cambon a réglé un conflit d’intérêt potentiel.
« La première présidente a décidé de s’abstenir de participer aux délibérés relatifs aux travaux portant sur l’exécution du budget de l’Etat et de la Sécurité sociale pour 2025 et sur la certification des comptes 2025 ainsi qu’aux rapports concernant les organismes sur lesquels elle a exercé une autorité au cours des trois dernières années », a indiqué la haute juridiction dans un communiqué.
Au sujet du budget 2026, qu’a élaboré Mme de Montchalin en tant que ministre, aucune annonce n’a été faite.
« En application de l’article L. 120-10 du code des juridictions financières, la première présidente a remis aujourd’hui sa déclaration d’intérêts au collège de déontologie de la Cour », a simplement indiqué la Cour des comptes.
Ce collège de déontologie « peut être saisi de toute question déontologique concernant personnellement un magistrat ou personnel de la Cour » et « rendre des avis sur les déclarations d’intérêts des magistrats », précise la Cour des comptes sur son site internet.
– « Collégialité » –
La nomination de Mme de Montchalin par le président de la République le 11 février a provoqué une vive polémique dans le monde politique.
L’opposition a dénoncé un conflit d’intérêts. Elle déplorait qu’une ministre sortante soit appelée à se prononcer sur les choix budgétaires d’un gouvernement dont elle avait fait partie.
« Elle va être à la fois juge et partie (…) sur les prévisions pour 2026 », a déclaré à l’AFP François Ecalle, ancien magistrat de la Cour des comptes et spécialiste des finances publiques. Il dit cependant « relativiser beaucoup » ce problème, en raison de « la collégialité » de la Cour.
Carine Camby, première présidente par intérim depuis le départ de Pierre Moscovici au 31 décembre, a aussi invoqué les garde-fous prévus dans le fonctionnement de cette institution créée en 1807.
Devant la presse jeudi, Mme Camby expliquait que « l’indépendance et l’objectivité des rapports » étaient toujours préservées car ils sont « délibérés dans les chambres de la Cour » sans que le premier président ou la première présidente participe aux discussions.
Une quinzaine de magistrats financiers, qui ont signé une tribune collective dans Le Monde mi-février, soulignait à l’inverse qu’une première présidente « joue un rôle déterminant au sein de l’institution ». En effet elle « oriente les travaux de la Cour en fixant les priorités et la programmation des contrôles ».
Avant les comptes publics, Amélie de Montchalin avait été secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, ministre de la Fonction publique puis ministre de l a Transition écologique, poste qu’elle avait quitté après sa défaite aux élections législatives en 2022.
Avec AFP
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