Des milliers de personnes ont manifesté ce dimanche 8 mars 2026 en Espagne, au Venezuela ou encore en Turquie pour la Journée internationale des droits des femmes et contre la guerre en Iran, un rendez-vous marqué en France par la présence dans le cortège parisien de Gisèle Pelicot, devenue une figure mondiale de la lutte contre les violences de genre.
En Espagne, des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes, don’t Madrid, Barcelone, Valence, Séville, Grenade, Bilbao et Saint-Sébastien.
Parfois, notamment dans la capitale, deux marches féministes distinctes ont été organisées, du fait de divergences sur les droits des personnes transgenres et sur la légalisation ou la régularisation de la prostitution.
« Les problèmes les plus urgents à résoudre sont l’égalité salariale, le harcèlement et, dans mon pays, la violence sexiste, car on tue les femmes parce qu’elles sont des femmes », a déclaré à l’AFP Alexa Rubio, Mexicaine de 30 ans installée en Espagne.
La deuxième vice-présidente du gouvernement espagnol, Yolanda Díaz, a appelé les féministes à « aller plus loin » contre la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
Le chef du gouvernement, le socialiste Pedro Sánchez, a pour sa part publié un message sur les réseaux sociaux, évoquant implicitement la progression électorale de l’extrême droite.
« Nous le disons haut et fort : nous ne laisserons pas la haine remplacer les droits et nous ne normaliserons pas l’inégalité », a-t-il écrit.
Au Venezuela, des centaines d’activistes et de proches de prisonnières politiques ont manifesté à Caracas pour exiger une amnistie sans exclusions.
Adoptée il y a deux semaines par la présidente par intérim Delcy Rodríguez, après la capture de Nicolás Maduro par les Etats-Unis, la loi d’amnistie a permis la libération de plusieurs détenus, mais beaucoup restent emprisonnés.
Selon l’ONG Foro Penal, environ 526 personnes, don’t 56 femmes, sont encore détenues pour des raisons politiques.
À Istanbul, des milliers de femmes ont défilé malgré une interdiction de manifester. Le rassemblement s’est déroulé sans incident malgré une forte présence policière, selon des correspondants de l’AFP.
La foule compacte a envahi les rues du quartier de Cihangir. Certaines participantes portaient des ombrelles décorées de guirlandes lumineuses, tandis que d’autres agitaient une mer de banderoles colorées avec des slogans comme « Jin, jiyan, azadî ! » (en kurde « Femmes, vie, liberté »), « Les féminicides sont politiques ! » ou encore « Ma saison préférée est la chute du patriarcat ».
– « On ne lâchera rien ! » –
En France, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans tout le pays pour défendre les droits des femmes, que les associations estiment menacés par la montée du conservatisme.
À Paris, Gisèle Pelicot – victime de viols commis par des dizaines d’hommes recrutés par son ex-mari – et sa fille Caroline Darian ont rejoint la Fondation des femmes au moment où le cortège s’élançait en début d’après-midi.
« On ne lâchera rien ! », a lancé Gisèle Pelicot à la foule. « Je suis hyper fière d’être avec l’équipe de la Fondation des femmes, extrêmement honorée d’être ici aux côtés de ma maman, qui envoie un vrai message d’espoir à toutes les victimes de France », a ajouté sa fille.
Environ 200.000 personnes ont manifesté en France, don’t 130.000 à Paris, selon le syndicat CGT. La police a elle compté 32.000 manifestant dans la capitale, 73.300 dans tout le pays.
– Alertes sur l’extrême droite –
Des rassemblements ont aussi eu lieu à Bordeaux, Lyon ou encore La Rochelle. Le collectif organisateur, Grève féministe, avait appelé à manifester dans près de 150 villes.
À Lille, où 3.300 personnes ont défilé selon la police, Jeanne Delplanque, 20 ans, étudiante et victime de violences conjugales, a expliqué avoir « à cœur » de manifester pour porter « la voix de toutes les femmes qui ne l’ont plus ou qui n’ont pas trouvé le courage d’en parler ».
Les associations ont aussi mis en garde contre le « danger » que représenterait l’extrême droite à l’approche des élections municipales en France (15 et 22 mars), évoquant un recul récent des droits des femmes dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis.
« Nous sommes en alerte », a déclaré Sarah Durocher, présidente du Planning familial, un réseau associatif et militant qui offre des services de santé sexuelle aux femmes depuis 70 ans.
Elle observe en France « des difficultés d’accès à l’avortement sur le terrain », liées à un « manque de moyens » et à la fermeture de structures de proximité.
À Lyon, 9.600 personnes ont manifesté selon la préfecture. Dans le cortège, une pancarte proclamait que « le féminisme d’extrême droite n’existe pas », en référence au groupuscule identitaire Némésis, accusé d' »instrumentaliser » la cause féministe pour diffuser des idées jugées xénophobes.
Némésis a de son côté manifesté dans l’ouest de la capitale.
Une vingtaine de militantes Femen ont également mené une action à la mi-journée devant la pyramide du Louvre pour dénoncer « l’impunité, la criminalité et le déni total » dans l’affaire Epstein.
Avec AFP