Gianni Infantino a finalement reculé. Après plusieurs jours de tensions, de critiques et de menaces de boycott, la FIFA a annoncé dans la nuit l’abandon de son projet de création d’une société commerciale ouverte à des i......
Gianni Infantino a finalement reculé. Après plusieurs jours de tensions, de critiques et de menaces de boycott, la FIFA a annoncé dans la nuit l’abandon de son projet de création d’une société commerciale ouverte à des investisseurs privés. Présentée comme une réforme destinée à renforcer les moyens financiers du football mondial, l’initiative s’est transformée en une crise de gouvernance qui a fini par isoler le président de l’instance.
Dans son communiqué, la FIFA reconnaît que le projet ne permettait plus de remplir son objectif initial de rassemblement.
« Après avoir écouté attentivement tous les points de vue exprimés, force est de constater que ce projet a suscité des clivages qui, indépendamment du niveau de soutien, ne servent plus l’objectif initialement fixé. Notre objectif a toujours été – et sera toujours – d’unir et de progresser. En conséquence, cette proposition n’ira pas de l’avant », a indiqué l’instance mondiale.
Cette décision marque la fin prématurée de FIFA Forward Enterprise (FFE), une structure qui devait regrouper une partie des activités commerciales et économiques de la FIFA. Mais au-delà de l’abandon du projet, c’est surtout l’autorité politique de Gianni Infantino qui ressort fragilisée de cette séquence.
Un projet à 20 milliards de dollars qui a divisé le football
Le projet avait été présenté de manière soudaine, sans consultation préalable des principales confédérations, selon plusieurs critiques formulées au cours des derniers jours.
Gianni Infantino envisageait la création de FIFA Forward Enterprise, une société commerciale évaluée à environ 20 milliards de dollars. Une participation minoritaire devait être ouverte à des investisseurs privés, avec l’objectif de lever près de 4,2 milliards de dollars.
La FIFA promettait que les fonds obtenus permettraient d’augmenter considérablement les investissements dans le développement du football. Selon le plan présenté, chaque association membre pouvait espérer recevoir jusqu’à 40 millions de dollars sur le cycle 2027-2031.
Sur le papier, l’argument financier pouvait séduire de nombreuses fédérations, notamment celles qui disposent de ressources limitées. Mais la méthode employée et les interrogations autour de l’identité des investisseurs ont rapidement fait basculer le débat.
La perspective de voir des acteurs privés liés à l’entourage de Donald Trump entrer dans une structure chargée de valoriser les principaux actifs commerciaux du football mondial a renforcé les inquiétudes sur l’indépendance et la gouvernance de la FIFA.
L’UEFA a lancé la fronde
La première opposition majeure est venue de l’Europe.
L’UEFA et ses 55 associations membres ont dénoncé un projet susceptible de modifier profondément la nature économique du football mondial. L’instance européenne a également contesté le manque de concertation et les risques liés à l’ouverture des actifs commerciaux de la FIFA à des investisseurs privés.
La menace est ensuite montée d’un cran. Des discussions autour d’un éventuel boycott des prochaines compétitions de la FIFA ont été évoquées, notamment en vue de la Coupe du monde féminine 2027 et, à plus long terme, du Mondial masculin 2030.
La possibilité d’une telle rupture constituait un risque considérable pour la FIFA. L’Europe concentre une grande partie des sélections les plus compétitives, des joueurs les plus médiatisés et des revenus commerciaux du football mondial.
Mais Gianni Infantino semblait alors considérer que l’opposition européenne resterait isolée.
La Concacaf puis l’Asie font basculer le rapport de force
Le scénario attendu par le président de la FIFA ne s’est finalement pas produit.
Après l’UEFA, la Concacaf, qui regroupe les fédérations d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, a exprimé à son tour de fortes réserves sur le projet.
La confédération a notamment soulevé des questions concernant la procédure, le calendrier imposé aux fédérations et la nécessité de faire appel à des capitaux privés alors que la FIFA dispose déjà d’importantes ressources financières.
Puis l’opposition a pris une dimension encore plus importante avec la position de la Confédération asiatique. Selon les informations évoquées, ses 47 membres auraient fait basculer le rapport de force, portant le nombre d’associations opposées au projet à environ 143 sur 211.
Le calcul politique de Gianni Infantino s’est alors retourné contre lui.
Le projet devait être soumis à un vote nécessitant une majorité simple. Mais face à une contestation devenue trop large, la FIFA a choisi de retirer sa proposition avant de subir un désaveu officiel.
Un projet qui pouvait aussi préparer l’élection de 2027
L’abandon du projet intervient dans un contexte politique particulièrement sensible.
Gianni Infantino doit faire face à une nouvelle échéance électorale en 2027. Les promesses de financements importants pour les associations membres pouvaient renforcer son influence auprès de nombreuses fédérations et faciliter sa réélection.
En proposant une hausse massive des ressources destinées au développement du football, le président de la FIFA pouvait espérer consolider son réseau de soutien.
Mais cette stratégie n’a pas produit l’effet attendu.
Au lieu de créer un consensus autour d’un nouveau modèle économique, le projet a provoqué une mobilisation inhabituelle des confédérations. La contestation a dépassé le cadre européen et a fini par fragiliser la position du président de la FIFA.
Des démissions et des fractures au sein de la FIFA
La crise ne s’est pas limitée aux confédérations.
Selon les informations disponibles, Carlos Cordeiro, conseiller principal de Gianni Infantino, aurait présenté sa démission pour marquer son opposition au projet. Kevin Lamour, présenté comme l’un des principaux responsables de l’organisation, se serait également désolidarisé de l’initiative.
Ces prises de distance renforcent l’impression d’une crise interne plus profonde.
Elles montrent que les critiques ne venaient plus uniquement des adversaires traditionnels de la FIFA ou des fédérations européennes. Le projet aurait également suscité des réserves au sein même de l’entourage du président.
Infantino recule, mais le débat sur l’avenir de la FIFA reste ouvert
L’abandon de FIFA Forward Enterprise ne signifie pas nécessairement la fin des ambitions économiques de Gianni Infantino.
La FIFA continuera probablement à rechercher de nouveaux moyens d’augmenter ses revenus et de financer davantage les fédérations nationales. Mais cette crise pourrait modifier durablement la manière dont les futures réformes seront présentées.
Le principal enseignement est clair : même avec 211 associations membres et une puissance financière considérable, la FIFA ne peut pas imposer une transformation majeure sans obtenir un soutien suffisamment large.
Gianni Infantino a voulu accélérer la transformation économique du football mondial. Il se retrouve aujourd’hui contraint de renoncer à son projet pour éviter une défaite encore plus spectaculaire lors d’un vote.
Le président de la FIFA a perdu cette bataille. Reste désormais à savoir si cet échec aura des conséquences sur sa capacité à conserver le soutien des fédérations à l’approche de l’élection de 2027.