L’Afrique vient de remporter une bataille symbolique aux Nations unies. Portée par le Togo au nom du Groupe africain et soutenue par l’Union africaine, la résolution « Correct the Map » a été adoptée le 4 septembre 2026......
L’Afrique vient de remporter une bataille symbolique aux Nations unies. Portée par le Togo au nom du Groupe africain et soutenue par l’Union africaine, la résolution « Correct the Map » a été adoptée le 4 septembre 2026. Elle encourage l’utilisation de cartes représentant plus fidèlement les superficies réelles des continents, notamment à travers la projection Equal Earth. Derrière cette initiative se joue une question bien plus profonde qu’un simple changement de carte : celle de la manière dont le monde représente l’Afrique.
L’Afrique apparaît-elle vraiment trop petite sur les cartes ?
Il suffit de regarder un planisphère traditionnel pour comprendre l’origine de la polémique. Sur les cartes utilisant la projection de Mercator, l’Afrique peut sembler comparable au Groenland. Pourtant, la réalité géographique est tout autre : le continent africain est environ 14 fois plus vaste que le Groenland.
Même constat lorsqu’on compare l’Afrique à l’Europe. Sur certaines représentations, les deux ensembles paraissent relativement proches en superficie. En réalité, l’Afrique est plusieurs fois plus vaste.
Ce décalage n’est pas le résultat d’une erreur de calcul. Il est lié à la manière dont il est techniquement possible de représenter une Terre sphérique sur une surface plane.
Mercator : une carte conçue pour naviguer, pas pour comparer les superficies
La projection de Mercator a été développée au XVIe siècle par le cartographe flamand Gerardus Mercator. Son objectif initial était notamment de faciliter la navigation maritime. Elle possède donc des qualités techniques importantes pour cet usage.
Mais cette projection déforme considérablement les superficies, particulièrement à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Les territoires situés aux hautes latitudes apparaissent ainsi beaucoup plus grands qu’ils ne le sont réellement.
Le problème apparaît lorsqu’une carte conçue pour répondre à des besoins de navigation devient, dans les salles de classe, les médias ou les supports numériques, une représentation intuitive de la taille réelle des continents.
C’est précisément ce que la campagne « Correct the Map » veut remettre en question.
Equal Earth, une autre manière de regarder le monde
L’alternative défendue par les promoteurs de la campagne est notamment la projection Equal Earth, conçue en 2018 par les cartographes Tom Patterson, Bojan Šavrič et Bernhard Jenny.
Son principe est différent : elle cherche à préserver davantage les proportions de superficie entre les différentes régions du monde. L’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie du Sud et l’Océanie y apparaissent ainsi avec des dimensions beaucoup plus proches de leur réalité géographique.
Cette projection ne supprime évidemment pas toutes les déformations. Toute représentation d’une sphère sur une surface plane implique des compromis. Mais elle permet de mieux respecter les superficies relatives des continents.
Une bataille africaine devenue internationale
L’initiative ne vient pas seulement d’organisations militantes ou de cartographes. Elle est progressivement devenue une revendication portée par les institutions africaines.
La campagne « Correct the Map », lancée en 2025 par des organisations panafricaines, a reçu le soutien des 55 États membres de l’Union africaine. Le Togo a ensuite été chargé de porter cette démarche auprès des Nations unies.
À New York, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a défendu l’initiative au nom du Groupe africain.
Pour ses promoteurs, il ne s’agit pas simplement de changer une image accrochée dans les salles de classe. La carte participe aussi à la manière dont les sociétés perçoivent le monde.
« Pendant des siècles, la projection de Mercator a minimisé l’Afrique », dénoncent les défenseurs de la campagne, qui estiment que cette représentation a contribué à installer l’idée d’un continent périphérique et moins important.
L’ONU adopte la résolution « Correct the Map »
Le combat a franchi une étape majeure vendredi 4 septembre 2026. L’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution A/80/L.104, intitulée « Correct the Map ». Le texte a recueilli 164 voix favorables, contre une seule voix défavorable, tandis que six pays se sont abstenus.
La résolution ne signifie pas que la projection de Mercator est désormais interdite. Elle encourage plutôt les gouvernements, les établissements scolaires, les organisations internationales, les médias et les acteurs du numérique à privilégier, lorsque la comparaison des superficies est importante, des projections à superficies égales comme Equal Earth.
L’enjeu est donc moins de « supprimer » une carte que de diversifier les représentations du monde et d’éviter qu’une projection destinée à la navigation ne soit considérée comme une référence absolue pour mesurer les territoires.
La France abandonne également Mercator
Le mouvement dépasse désormais le seul cadre africain. La France a annoncé le 4 septembre qu’elle allait abandonner la projection de Mercator dans ses représentations cartographiques au profit de projections jugées plus adaptées aux usages et plus fidèles aux superficies réelles.
Cette décision donne une portée supplémentaire à la résolution défendue par le Togo. Même si le texte de l’ONU n’est pas juridiquement contraignant, son adoption peut influencer les pratiques des institutions, des systèmes éducatifs et des organisations internationales.
Une carte peut-elle changer notre regard sur l’Afrique ?
C’est finalement tout le sens de la campagne « Correct the Map ». Les défenseurs de l’initiative considèrent que la représentation cartographique n’est jamais totalement neutre lorsqu’elle devient la principale image mentale que des générations d’élèves se font de la planète.
Voir l’Afrique dans ses véritables proportions ne changera évidemment ni sa superficie, ni son poids économique, ni ses défis. Mais cela peut contribuer à corriger une perception visuelle profondément ancrée.
Pendant des siècles, le monde a regardé des cartes où l’Afrique semblait beaucoup moins imposante qu’elle ne l’est réellement. Avec « Correct the Map », les pays africains veulent désormais que le monde change aussi sa manière de regarder le continent.