La Banque africaine de développement vient d’approuver un prêt de 100 millions d’euros pour construire au Maroc la première grande usine de batteries du continent africain. Plus de 600 emplois directs seront créés dès la......
La Banque africaine de développement vient d’approuver un prêt de 100 millions d’euros pour construire au Maroc la première grande usine de batteries du continent africain. Plus de 600 emplois directs seront créés dès la première phase, couvrant tous les niveaux de qualification, des techniciens aux ingénieurs spécialisés.
Rabat. Un projet industriel historique vient de recevoir son financement. Le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un prêt de 100 millions d’euros à Gotion Power Morocco pour financer la construction d’une gigafactory de batteries dans la zone franche de Rabat-Salé-Kénitra. La BAD prévoit également de mobiliser jusqu’à 141 millions d’euros supplémentaires auprès de partenaires financiers, portant l’enveloppe totale à près de 241 millions d’euros.
Derrière ce projet se trouve Gotion High-Tech Co. Ltd., l’un des leaders mondiaux de la batterie, dont le siège est à Hefei en Chine et les actions cotées à la Bourse de Shenzhen. Son usine marocaine sera la première installation intégrée de fabrication de batteries en Afrique et dans toute la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA).
C’est quoi une gigafactory de batteries et pourquoi c’est important ?
Pour comprendre l’ampleur du projet, un peu de contexte s’impose. Une gigafactory est une immense usine capable de produire des gigawattheures (GWh) de batteries. Ces batteries servent à alimenter les voitures électriques et à stocker l’énergie produite par les panneaux solaires et les éoliennes.
La gigafactory marocaine démarrera avec une capacité de 10 GWh de cellules et de packs de batteries pour véhicules électriques. Puis elle montera progressivement jusqu’à 100 GWh, soit dix fois plus. À titre de comparaison, une voiture électrique standard nécessite environ 50 à 100 kWh de batterie. Avec 100 GWh, l’usine pourrait théoriquement alimenter entre un million et deux millions de véhicules électriques par an.
Cette usine produira des batteries LFP, c’est-à-dire à base de lithium, fer et phosphate. Ces batteries sont réputées pour leur durabilité, leur sécurité et leur coût relativement abordable. Elles sont de plus en plus utilisées dans les véhicules électriques du monde entier.
600 emplois directs dès la première phase : qui peut postuler ?
La première phase du projet créera plus de 600 emplois directs au Maroc. Et ces emplois ne sont pas réservés à une élite de diplômés. Ils couvrent une large gamme de profils, des postes techniques aux fonctions de management, en passant par les métiers de la logistique, de la finance et des ressources humaines.
Ingénierie et chimie
Les profils les plus recherchés dans le cœur du métier seront les ingénieurs en matériaux et chimie spécialisés dans les batteries LFP et le lithium. Les électrochimistes, experts de la science des batteries, seront également très demandés. Les ingénieurs procédés, chargés d’optimiser les processus de production, compléteront ce premier cercle de compétences.
Production et maintenance
La ligne de production ne peut pas fonctionner sans des ingénieurs en automatisation et en robotique pour piloter les machines. À leurs côtés, des techniciens de maintenance spécialisés en mécatronique, cette discipline qui combine mécanique, électronique et informatique, veilleront au bon fonctionnement des équipements. Des chefs d’équipe de production organiseront et superviseront le travail au quotidien.
Supply chain et gestion des minerais critiques
Produire des batteries nécessite d’approvisionner des matériaux rares et stratégiques comme le lithium, le fer et le phosphate. Des acheteurs de matières premières et de minerais critiques seront chargés de sécuriser ces approvisionnements à l’international. Des responsables logistique import/export géreront les flux de marchandises. Des experts douanes spécialisés en zone franche assureront la conformité réglementaire des opérations.
Énergie et environnement
L’usine sera alimentée principalement par des énergies renouvelables. Des ingénieurs en efficacité énergétique, spécialisés dans le solaire et l’éolien, optimiseront la consommation énergétique. Des responsables HSE (hygiène, sécurité, environnement) veilleront à la sécurité des travailleurs et au respect des normes environnementales. Des experts en décarbonation mesureront et réduiront l’empreinte carbone du site.
Finance et management
Les chefs de projet, appelés PMO (Project Management Officer), coordonneront les grands chantiers de développement de l’usine. Des financiers de projet assureront le suivi des prêts, notamment ceux accordés par la BAD. Une compétence particulièrement recherchée sera le trilinguisme français-anglais-chinois, indispensable pour la gouvernance d’une entreprise chinoise opérant au Maroc dans un cadre réglementaire francophone et sur des marchés anglophones.
Ressources humaines
Pour recruter et former une main-d’œuvre industrielle de qualité, l’usine aura besoin de chargés de recrutement industriel et de responsables de formation technique capables de développer les compétences en interne.
Un taux d’intégration locale de 70% : ce que cela signifie concrètement
Le projet ambitionne de porter le taux d’intégration industrielle locale à 70%. En termes simples, 70% des composants et des services utilisés dans la production des batteries seront fournis par des entreprises marocaines.
C’est là que l’impact va bien au-delà des 600 emplois directs. Pour chaque poste créé dans la gigafactory, plusieurs emplois supplémentaires seront générés chez les fournisseurs locaux : fabricants de composants, prestataires de maintenance, transporteurs, entreprises de services aux industries.
Le Maroc deviendrait ainsi un véritable écosystème industriel de la batterie et du véhicule électrique, attirant d’autres investisseurs dans son sillage.
Pourquoi le Maroc pour cette première africaine ?
Ce choix n’est pas anodin. Le Maroc dispose de plusieurs atouts qui en font un candidat idéal pour accueillir la première gigafactory du continent.
D’abord, les ressources naturelles. Le Maroc possède les plus grandes réserves mondiales de phosphate, l’un des matériaux essentiels dans la fabrication de batteries LFP. Valoriser ce minerai sur place plutôt que de l’exporter brut représente un énorme gain de valeur ajoutée pour le pays.
Ensuite, la position géographique. À seulement 14 kilomètres de l’Europe via le détroit de Gibraltar, le Maroc est idéalement placé pour exporter des batteries vers les constructeurs automobiles européens qui cherchent à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement hors de Chine.
Enfin, la stabilité politique et les zones franches. La zone franche de Rabat-Salé-Kénitra offre des avantages fiscaux et logistiques attractifs pour les investisseurs étrangers.
Le maillon manquant de la transition énergétique africaine
Kevin Kariuki, vice-président de la BAD en charge de l’énergie et du climat, l’a dit clairement : « Le stockage par batteries constitue le maillon manquant de la transition énergétique propre de l’Afrique. »
L’Afrique possède un ensoleillement exceptionnel et un potentiel éolien immense. Mais sans systèmes de stockage d’énergie efficaces, l’électricité produite par les panneaux solaires pendant la journée ne peut pas être utilisée la nuit. Les batteries sont la solution à ce problème.
En produisant des batteries sur le continent, l’Afrique réduit sa dépendance aux importations coûteuses et crée les conditions d’un développement accéléré des énergies renouvelables. Chaque batterie fabriquée au Maroc est un pas de plus vers l’électrification du continent.
Ce que cela signifie pour le reste de l’Afrique
Ce projet marocain envoie un signal fort à tout le continent. L’Afrique peut produire des technologies de pointe. Elle n’est pas condamnée à importer éternellement ce qu’elle consomme.
D’autres pays africains disposent de ressources minières stratégiques pour la fabrication de batteries. La République démocratique du Congo possède du cobalt. La Zambie du cuivre. Le Zimbabwe du lithium. Si le modèle marocain fonctionne, il pourrait être répliqué dans d’autres pays disposant des ressources et des infrastructures nécessaires.
Comme l’a résumé Achraf Tarsim, responsable pays de la BAD au Maroc : « Cette gigafactory contribuera à l’émergence d’un écosystème industriel africain des batteries et des véhicules électriques, tout en favorisant la valorisation locale des minerais critiques indispensables à la transition énergétique. »
L’Afrique ne fabrique pas encore de téléphones portables à grande échelle. Elle ne fabrique pas encore d’ordinateurs. Mais elle est en train de se donner les moyens de fabriquer les batteries qui alimenteront la mobilité et l’énergie du XXIe siècle.
Et ça commence au Maroc, dans la zone franche de Rabat-Salé-Kénitra, avec 600 emplois qui n’attendent que les bons candidats.