Le football s’attaque à une pratique qui agace régulièrement les supporters : les longues interruptions provoquées par certains gardiens de but en fin de match. En Angleterre, une nouvelle règle va être expérimentée afin......
Le football s’attaque à une pratique qui agace régulièrement les supporters : les longues interruptions provoquées par certains gardiens de but en fin de match. En Angleterre, une nouvelle règle va être expérimentée afin de limiter les pertes de temps et d’empêcher qu’un arrêt de jeu ne devienne un avantage tactique.
Mais si la mesure promet des rencontres plus fluides, elle soulève déjà une question importante : risque-t-elle de pénaliser les équipes dont le gardien est réellement blessé ?
Une nouvelle règle pour décourager les pertes de temps
Dans le football actuel, les arbitres peuvent laisser le jeu se poursuivre lorsqu’un joueur de champ reste au sol, notamment lorsque la situation ne paraît pas grave.
La situation est différente pour les gardiens. Une équipe ne pouvant pas poursuivre normalement une action sans portier, l’arbitre est généralement contraint d’interrompre la rencontre lorsque celui-ci demande des soins.
Cette particularité peut parfois être exploitée pour casser le rythme de l’adversaire, ralentir la partie ou gagner de précieuses secondes lorsqu’une équipe défend un résultat.
Pour lutter contre cette pratique, la Fédération anglaise de football (FA) va tester un nouveau dispositif lors de certains matchs de la prochaine saison.
Le principe est simple : lorsqu’un gardien reçoit des soins après une interruption de jeu, son équipe devra temporairement évoluer avec un joueur de moins.
Une équipe réduite à dix pendant une minute
Concrètement, l’entraîneur devra désigner un joueur de champ qui quittera temporairement la pelouse.
Ce joueur ne pourra revenir qu’une minute après la reprise du match. Pendant cette période, son équipe évoluera donc à dix joueurs, tandis que le gardien pourra recevoir les soins nécessaires avant de reprendre sa place.
Selon les modalités évoquées, si l’entraîneur refuse de choisir un joueur, le capitaine de l’équipe pourrait être désigné automatiquement pour sortir.
L’objectif est clair : empêcher qu’un arrêt de jeu demandé par un gardien ne procure un avantage tactique à son équipe.
Avec cette mesure, un portier qui simulerait une blessure pour faire gagner du temps pourrait, au contraire, exposer son équipe à une situation défavorable.
Des exceptions prévues pour protéger les gardiens
La règle ne s’appliquera toutefois pas à toutes les situations.
Aucun joueur de champ ne devra quitter le terrain si le gardien a été victime d’une faute, s’il a subi un choc avec un adversaire ou un coéquipier, ou encore s’il présente un saignement.
Ces exceptions visent à éviter qu’une équipe soit pénalisée après un incident dont elle n’est pas responsable.
Elles permettent également de maintenir la priorité accordée à la santé des joueurs, même si la mise en œuvre de la règle pourrait soulever des difficultés d’interprétation.
Une mesure efficace, mais un risque pour les gardiens réellement blessés
Sur le papier, l’idée paraît logique. En supprimant le bénéfice potentiel d’un arrêt de jeu, la Fédération anglaise espère décourager les simulations et réduire les pertes de temps.
Mais la mesure pourrait produire un effet inattendu.
Un gardien réellement touché pourrait hésiter à demander des soins, sachant que son équipe devra jouer temporairement à dix. Il pourrait choisir de rester sur le terrain malgré une douleur ou une gêne, afin d’éviter de désavantager ses partenaires.
Cette situation pourrait avoir des conséquences sportives. Un gardien diminué peut manquer une intervention, commettre une erreur ou ne pas être en mesure de protéger correctement son équipe.
Le défi sera donc de lutter contre les abus sans créer une pression susceptible d’encourager un joueur à ignorer un problème physique.
Une décision qui pourrait transformer les lois du jeu
L’expérimentation sera suivie de près par les instances du football.
L’International Football Association Board (IFAB), l’organisme chargé des lois du jeu, doit évaluer les résultats du dispositif au cours de la saison.
Les autorités analyseront notamment son efficacité contre les pertes de temps, son impact sur le rythme des rencontres et les éventuelles difficultés rencontrées par les arbitres.
Si les résultats sont jugés satisfaisants, la règle pourrait être intégrée durablement aux lois du jeu et étendue à d’autres compétitions à partir de la saison 2027-2028.
Analyse : une sanction collective qui pose question
Cette expérimentation marque une nouvelle étape dans la lutte contre les pertes de temps.
Le football cherche depuis plusieurs années à rendre les matchs plus dynamiques. L’allongement du temps additionnel, les règles concernant les gardiens qui gardent le ballon trop longtemps et les sanctions contre les ralentissements volontaires poursuivent le même objectif : augmenter le temps de jeu effectif.
La nouvelle mesure va toutefois plus loin, car elle ne sanctionne pas directement le gardien. Elle impose une conséquence à toute l’équipe.
C’est là que se trouve sa principale force, mais aussi sa limite.
La force, parce qu’un gardien pourrait être moins tenté de simuler s’il sait que son équipe devra évoluer à dix. La limite, parce qu’un joueur de champ pourrait être pénalisé alors qu’il n’a commis aucune faute.
La mesure pourrait également créer une nouvelle stratégie. Un entraîneur pourrait choisir de faire sortir un joueur peu impliqué dans la phase défensive ou un attaquant éloigné de l’action. Certaines équipes pourraient même anticiper ces situations dans leur organisation tactique.
Au final, la règle ne supprimera peut-être pas totalement les pertes de temps. Elle pourrait simplement modifier la manière dont les équipes les gèrent.
Le succès de l’expérimentation dépendra donc de la capacité des arbitres à distinguer les blessures réelles des comportements destinés à ralentir le jeu, tout en garantissant que la santé des joueurs reste prioritaire.
Le football veut mettre fin aux interruptions abusives. Mais en cherchant à sanctionner les simulations, il devra éviter de créer une règle qui pousse les gardiens réellement blessés à rester sur le terrain.