Le président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe, vient de remettre la question de l’avenir de Gianni Infantino au centre du débat. Dans un entretien accordé à Sky News, le dirigeant sud-afri......
Le président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe, vient de remettre la question de l’avenir de Gianni Infantino au centre du débat. Dans un entretien accordé à Sky News, le dirigeant sud-africain estime que le sort du président de la FIFA doit être décidé par les 211 associations membres de l’instance mondiale, à travers le processus électoral.
Une déclaration qui prend une dimension particulière dans le contexte actuel. Gianni Infantino a confirmé qu’il serait candidat à sa propre succession en 2027. L’élection est programmée le 18 mars 2027 à Rabat, lors du 77e Congrès de la FIFA.
Pour Motsepe, il appartient donc aux membres de la FIFA de trancher. « Il faut passer par les élections », a-t-il notamment expliqué à Sky News.
Le véritable enjeu se trouve dans les 211 voix
Derrière cette déclaration apparemment institutionnelle se cache une réalité politique beaucoup plus importante.
La FIFA compte 211 associations membres et le principe électoral repose sur leur participation au Congrès. La FIFA elle-même rappelle que chacune de ces associations dispose du même statut au sein de l’organisation.
Or, la répartition des voix entre les confédérations donne une configuration particulièrement intéressante.
L’UEFA dispose de 55 associations, l’AFC de 47 et la CONCACAF de 41. À elles trois, ces confédérations représentent donc 143 voix sur 211.
Autrement dit, si ces trois blocs parvenaient à adopter une position commune lors de l’élection, ils disposeraient mathématiquement d’une majorité suffisante pour faire basculer le scrutin.
Mais c’est précisément là que commence la véritable bataille : disposer d’une majorité théorique ne signifie pas nécessairement parvenir à construire une majorité politique.
Motsepe, un allié devenu arbitre du débat ?
La position de Patrice Motsepe mérite d’autant plus d’attention que le président de la CAF entretient depuis plusieurs années des relations étroites avec Gianni Infantino.
Infantino avait notamment salué la réélection de Motsepe à la présidence de la CAF en 2025 et insisté sur l’importance d’une Afrique unie pour peser davantage au sein de la FIFA.
Le président de la CAF ne demande donc pas explicitement le départ d’Infantino. Son message est plus subtil : il renvoie la décision aux urnes.
Et cette nuance est essentielle.
Motsepe ne dit pas que les fédérations doivent voter contre Infantino. Il affirme que les 211 membres doivent pouvoir décider de son avenir à travers l’élection. Cette position permet à la CAF de conserver une marge de manœuvre alors que les rapports de force internationaux deviennent de plus en plus complexes.
La CAF reste-t-elle réellement derrière Infantino ?
C’est ici que le discours devient particulièrement intéressant.
La CAF a régulièrement affiché son soutien à la FIFA et à son président. Cette proximité a été visible lors de plusieurs prises de position récentes concernant les projets défendus par Infantino.
Mais l’environnement international a changé.
Le projet controversé visant à faire entrer des investisseurs privés dans le financement de la Coupe du monde a provoqué de fortes tensions. Face à la contestation, Infantino a finalement abandonné ce projet début août, reconnaissant qu’il n’était plus conforme à l’objectif initial.
Dans le même temps, Sky News rapporte que le président de la FIFA fait face à une contestation grandissante concernant sa volonté de rester aux commandes.
Le débat n’est donc plus uniquement africain. Il concerne désormais l’équilibre général du football mondial.
Le scénario des 143 voix peut-il vraiment faire tomber Infantino ?
Sur le papier, oui.
Avec 143 associations représentant l’UEFA, l’AFC et la CONCACAF, une coalition de ces trois confédérations disposerait d’une majorité numérique sur les 211 membres de la FIFA.
Mais en politique sportive, les additions ne suffisent jamais.
Les fédérations ne votent pas uniquement en fonction de leur appartenance continentale. Les financements du développement, les compétitions internationales, les relations diplomatiques, les intérêts nationaux et les promesses de soutien peuvent peser lourd dans une élection.
C’est précisément pourquoi le scrutin de 2027 pourrait être beaucoup plus complexe qu’un simple affrontement entre « pro-Infantino » et « anti-Infantino ».
Le véritable danger pour Infantino
Le plus grand risque pour Gianni Infantino n’est peut-être donc pas qu’une confédération annonce officiellement son opposition.
Le véritable danger serait de voir se constituer progressivement une coalition suffisamment large autour d’une autre candidature.
Car Infantino sait déjà qu’il ne pourra pas compter uniquement sur son bilan. Élu président de la FIFA en 2016, puis réélu en 2023 sans opposition, il a annoncé vouloir briguer un nouveau mandat en 2027.
Cette fois, le contexte pourrait être différent.
La FIFA sort d’une période marquée par les débats sur son modèle économique, la gouvernance de ses compétitions et ses relations avec les différentes confédérations. L’abandon du projet de privatisation partielle de la Coupe du monde a notamment montré que la contestation pouvait devenir suffisamment forte pour contraindre l’instance à revoir sa stratégie.
2027, l’élection de tous les dangers ?
Le message de Motsepe pourrait finalement être interprété comme un rappel simple mais puissant : le président de la FIFA n’appartient pas à une confédération, il dépend des 211 fédérations membres.
C’est précisément ce principe qui pourrait faire de l’élection de 2027 un moment déterminant pour le football mondial.
Infantino possède encore de nombreux soutiens et sa candidature est officiellement annoncée. Mais face à lui, une coalition suffisamment large pourrait changer le rapport de force.
Les 143 voix théoriques de l’UEFA, de l’AFC et de la CONCACAF constituent déjà un chiffre à surveiller. Reste à savoir si ces voix peuvent devenir une véritable force politique.
Et c’est probablement là que se jouera la bataille pour la FIFA : non pas dans les déclarations publiques, mais dans les couloirs du pouvoir, là où se construisent les majorités électorales.