Les attaques ukrainiennes contre des infrastructures russes alimentent un nouveau débat sur l’efficacité de la guerre en profondeur. Pour le président finlandais Alexander Stubb, ces frappes pourraient contribuer à accro......
Les attaques ukrainiennes contre des infrastructures russes alimentent un nouveau débat sur l’efficacité de la guerre en profondeur. Pour le président finlandais Alexander Stubb, ces frappes pourraient contribuer à accroître la pression sur Moscou et favoriser, à terme, un retour aux négociations. Une stratégie qui suscite autant d’espoir que de questions.
La guerre en Ukraine ne se joue plus uniquement sur la ligne de front. Depuis plusieurs mois, Kiev cherche également à frapper des infrastructures situées loin des zones de combat, avec l’objectif affiché de réduire les capacités russes et d’augmenter le coût économique du conflit.
C’est dans ce contexte qu’Alexander Stubb, président de la Finlande, a défendu la stratégie ukrainienne lors d’une conférence de presse à Kiev.
Selon lui, les frappes contre certaines infrastructures russes pourraient contribuer à modifier progressivement l’attitude de la population et, surtout, à créer suffisamment de pression pour pousser Moscou vers la table des négociations.
Wildberries, symbole d’une nouvelle guerre économique
Parmi les cibles évoquées figurent les installations du géant russe de l’e-commerce Wildberries, parfois présenté comme l’« Amazon russe » en raison de son poids dans le commerce en ligne du pays.
Pour Kiev, les infrastructures logistiques et énergétiques représentent un enjeu stratégique : leur perturbation peut affecter les chaînes d’approvisionnement et augmenter le coût économique de la guerre.
Alexander Stubb estime que cette pression pourrait également avoir des conséquences politiques.
Selon les chiffres qu’il a avancés, 65 % des Russes souhaiteraient désormais la fin du conflit, soit une progression de dix points qu’il associe notamment aux conséquences des attaques ukrainiennes.
Mais cette affirmation mérite d’être examinée avec prudence.
Une stratégie qui mise sur la pression intérieure
Le raisonnement défendu par le président finlandais est relativement simple : plus la guerre coûte cher à la Russie et plus ses conséquences deviennent visibles pour la population, plus la pression sur le pouvoir pourrait augmenter.
L’objectif ne serait donc pas uniquement de détruire des infrastructures.
Il s’agirait également de faire évoluer le calcul politique du Kremlin.
« Est-ce que je pense que c’était une stratégie militaire judicieuse de la part de l’Ukraine ? Ma réponse est oui, absolument », aurait ainsi déclaré Stubb.
Le président finlandais estime même que les frappes ukrainiennes contre les raffineries et les installations pétrolières russes constituent un moyen important de contraindre Moscou à prendre les négociations au sérieux.
Mais frapper l’économie russe suffit-il à obtenir la paix ?
C’est ici que l’analyse devient beaucoup plus complexe.
Une dégradation de la situation économique peut effectivement augmenter le coût d’une guerre. Mais il n’existe aucune garantie qu’elle entraîne automatiquement une volonté de négocier.
Un gouvernement peut au contraire utiliser les attaques contre son territoire pour renforcer son discours de mobilisation, durcir sa position et présenter le conflit comme une guerre existentielle.
L’effet politique d’une frappe dépend donc de plusieurs facteurs : son ampleur, sa fréquence, son impact économique réel et surtout la manière dont elle est perçue par la population.
Le chiffre de 65 % pose aussi question
L’affirmation selon laquelle 65 % des Russes souhaitent désormais la fin du conflit constitue l’un des éléments les plus importants de cette analyse.
Mais attribuer directement une hausse de dix points aux frappes contre Wildberries nécessite des preuves solides.
Une évolution de l’opinion publique peut être liée à de nombreux facteurs : pertes militaires, situation économique, mobilisation, sanctions, propagande, évolution du front ou encore perspectives diplomatiques.
Il faut donc distinguer une corrélation observée d’une causalité démontrée.
La guerre se déplace-t-elle vers l’arrière-pays russe ?
Au-delà de la question de l’opinion publique, ces frappes illustrent une transformation profonde du conflit.
Les infrastructures énergétiques, les dépôts, les chaînes logistiques et les installations industrielles sont devenus des éléments essentiels de la confrontation.
La logique est claire : réduire la capacité de l’adversaire à soutenir une guerre longue en s’attaquant à son économie et à sa logistique.
Mais cette stratégie comporte également un risque d’escalade.
Plus les frappes ukrainiennes se multiplient en profondeur du territoire russe, plus Moscou peut être tenté de répondre par des attaques supplémentaires contre les infrastructures ukrainiennes.
Moscou finira-t-il par négocier ?
C’est finalement la grande inconnue.
Alexander Stubb estime que la pression militaire et économique peut contribuer à rapprocher la Russie des négociations.
Mais la pression ne garantit pas la paix.
Elle peut pousser un adversaire à négocier lorsqu’il estime que poursuivre la guerre devient trop coûteux. Elle peut aussi, dans certaines circonstances, produire l’effet inverse.
Pour l’instant, les frappes contre le « Amazon russe » et d’autres infrastructures montrent surtout que Kiev cherche à déplacer le rapport de force au-delà du champ de bataille traditionnel.
Et si cette stratégie permet effectivement d’accroître la pression sur Moscou, une question restera déterminante : à partir de quel niveau de coût la Russie considérera-t-elle que négocier devient plus avantageux que continuer la guerre ?
C’est probablement à cette question, plus qu’au nombre de frappes, que se jouera la prochaine étape du conflit.