Le séisme provoqué par le projet FIFA Forward Enterprise continue de faire des victimes au sommet de la Fédération internationale de football. Kevin Lamour, directeur des opérations de la FIFA et considéré comme le numér......
Le séisme provoqué par le projet FIFA Forward Enterprise continue de faire des victimes au sommet de la Fédération internationale de football. Kevin Lamour, directeur des opérations de la FIFA et considéré comme le numéro trois de l’instance, a quitté ses fonctions lundi 17 août, quelques semaines seulement après avoir publiquement contesté le projet porté par Gianni Infantino.
La FIFA a confirmé la fin de ses fonctions, sans toutefois détailler publiquement les raisons de cette décision. Plusieurs médias internationaux présentent néanmoins son départ comme une éviction, intervenant après sa prise de position particulièrement virulente contre le président de l’instance.
Un désaccord frontal avec Infantino
Nommé directeur des opérations de la FIFA en novembre 2024, Kevin Lamour occupait une position stratégique au sein de l’organisation. Ancien cadre de l’UEFA, il supervisait notamment plusieurs départements essentiels de l’administration de la FIFA.
Mais fin juillet, le Français de 45 ans avait rompu avec sa traditionnelle discrétion. Dans une déclaration relayée par l’Associated Press, il avait vivement contesté le projet FIFA Forward Enterprise, qui prévoyait la création d’une structure commerciale chargée notamment de gérer les droits commerciaux des grandes compétitions de la FIFA, avec la possibilité d’ouvrir une participation à des investisseurs privés.
Lamour avait qualifié l’initiative de « projet d’une seule personne », estimant qu’elle ne devait pas aller à son terme. Plus significatif encore, il avait accepté publiquement le risque de perdre son poste : « Et si cela signifie que je perds mon emploi, qu’il en soit ainsi. »
Quelques semaines plus tard, cette hypothèse est devenue réalité.
Le projet qui a déclenché la tempête
À l’origine de cette crise se trouve le projet FIFA Forward Enterprise défendu par Gianni Infantino. L’initiative devait créer une nouvelle entité commerciale valorisée autour de 20 milliards de dollars et susceptible d’accueillir des investisseurs privés à hauteur de 20 %. Elle aurait notamment regroupé des actifs commerciaux liés aux Coupes du monde et à d’autres compétitions de la FIFA.
L’annonce avait immédiatement provoqué une levée de boucliers. Plusieurs grandes confédérations, notamment l’UEFA, la Concacaf et l’AFC, avaient exprimé leur opposition au projet. L’UEFA était même allée jusqu’à évoquer la possibilité d’un boycott de certaines compétitions de la FIFA si l’initiative était maintenue.
Face à cette contestation croissante, Infantino a finalement annoncé le 1er août que le projet ne serait pas poursuivi, reconnaissant qu’il avait créé des divisions incompatibles avec l’objectif affiché d’unir le football mondial.
Une sanction qui intervient après une mise à l’écart
Le départ de Lamour prend une dimension supplémentaire lorsqu’on se souvient qu’il n’avait déjà pas été convié à une réunion de crise organisée début août à Rabat avec plusieurs hauts responsables de la FIFA.
Son éviction intervient également après la démission de Carlos Cordeiro, conseiller de premier plan d’Infantino, qui avait lui aussi exprimé son opposition au projet. La succession de ces départs donne ainsi l’image d’une direction profondément fragilisée par une initiative finalement abandonnée.
Infantino face à une crise politique sans précédent
Au-delà du cas personnel de Kevin Lamour, cette affaire pose désormais une question plus large : quelle gouvernance pour la FIFA après le fiasco de FIFA Forward Enterprise ?
Le projet est officiellement enterré, mais ses conséquences politiques sont loin de l’être. La contestation venue de l’intérieur de la FIFA s’est ajoutée à celle de plusieurs puissantes confédérations et fédérations nationales, accentuant la pression sur Gianni Infantino à quelques mois de l’élection présidentielle de mars 2027. Reuters souligne notamment que l’opposition de l’UEFA, de la Concacaf et de l’AFC fragilise désormais la perspective d’un nouveau mandat du président de la FIFA.
Le cas Lamour pourrait donc devenir bien davantage qu’une simple affaire de ressources humaines. Il symbolise une fracture au sommet de la FIFA : celle d’un dirigeant qui a publiquement contesté la stratégie de son président et qui, quelques semaines plus tard, quitte l’institution.
Le paradoxe est saisissant : le projet que Lamour dénonçait a été abandonné, mais c’est lui qui n’est désormais plus à la FIFA. Cette situation risque inévitablement de nourrir les interrogations sur la liberté de parole, la transparence et la gouvernance de l’instance qui dirige le football mondial.